Justinien - Huitième Chapitre (Justinien) posté le mercredi 27 février 2008 14:13


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Hurt - Christina Aguilera
 

 

 
Je cours, aussi vite que mon corps m’ordonne de le faire. J’ai la haine qui ressort, je deviens comme lui, un être conditionné dans la douleur. C’est tout un programme de fuir, toute une sensation maudite qui fait qu’on n’y croit pas, on s’envole avec nos jambes, on poursuit un chemin sans se soucier de la destination.

Je l’ai blessé. Mon frère.

Mon cœur me bat de l’intérieur, c’est peut-être Marien qui s’y loge. C’est sans doute ça d’ailleurs, il bouge à l’intérieur et me fait comprendre que j’ai mal agit. Mais je suis tellement en colère, tellement écœuré que je n’arrive même plus à m’apitoyer sur lui. C’est laid. Je lui ressemble.

J’arrive en dix minutes de courses acharnées devant chez Chase, je prie pour qu’il soit là, il faut qu’il soit là. Mon âme se détériore, j’ai envie de vomir, m’éclater au sol et m’endormir… La nuit serait comme une douceur mélancolique que je verrais en plein jour. Et je partirai. Je suivrai mon âme et abandonnerai mon enveloppe. Cette vision est si plaisante. Il faut que Chase soit là, j’ai peur de ce que je vais faire, j’ai peur de tout. De mon propre frère aussi. J’ai besoin d’être éclairé.

Une voix fluette intervient dans mon débat sombre pour m’attirer sur terre.

_ Chase n’est pas là… il ne rentrera que ce soir…

Je me retourne sur la personne qui vient de me parler, je dois avoir l’air ridicule, essoufflé comme un perdu, et aussi rouge qu’une tomate flasque. C’est l’un des petits frères de Chase qui vient de me réceptionner, Ange, le suivant après mon ami. Il a environ douze ans et demi, il ne ressemble pas beaucoup à Chase, il a une peau un peu plus foncée que lui et un corps qui semble un peu plus athlétique. Ses cheveux sont châtains clairs, presque roux, et il possède de grands yeux verts. Il est mignon à voir, et d’après ce que je sais, il fait craquer toutes les petites minettes du collège. Je souri furtivement en le voyant, il a l’air gêné de me voir, il est extrêmement réservé tout comme ses frères.

_ Oh ? Vraiment ? dis-je l’air dramatique.

Dans le fond, c’est comme si Chase venait de m’abandonner à mon sort, alors que je le sentais comme mon seul et véritable ami. J’ai envie de repartir le plus vite possible pour aller je ne sais où, mais le regard inquiet d’Ange me dit de lui donner quelques explications.

_ Ange… Tu pourras dire à Chase que je suis venu ? Dis-lui simplement que j’ai eu un souci et que j’ai besoin de lui…

En m’entendant dire ses mots, je sens ma gorge se nouer. Je m’exprime très mal, sans articulations, je n’arrive pas à prononcer l’expression « besoin d’aide »… Je n’en ai jamais eu besoin, ou du moins, je n’ai jamais voulu de ses mains qui se tendaient devant moi. Mais celle de Chase, par je ne sais quel moyen, elle a réussi à ne pas se refermer devant mon ignorance.

Ange n’a même pas le temps de répliquer que je fonce immédiatement, un gosse de douze ans n’a pas besoin de savoir ce qu’il se passe dans ma vie. Et je refuse d’aller mal devant lui.

Je ne sais pas où aller, je ne tiens pas à revoir Fredric dans cet état. Je ne l’ai vu qu’une fois et c’était ce matin, lui tomber dessus de cette manière, se serait dire adieu à toute possibilités d’amour à ses côtés. Et puis, je l’ai attendu tellement longtemps que je peux me permettre de le faire attendre en retour.

Je recours aussi vite que précédemment, décidemment, je me suis prit dans une sacré galère. Mes pieds ne savent pas où aller, j’ai la terre qui s’écroule derrière moi à mon passage. J’en suis sûr. Le monde m’accueille en noir et blanc, je ne fais plus la distinction entre le Bien et le Mal, c’est ignoble. Dés que le blanc est devant moi, il se teint de gris à mon approche. Il a peur que je le salisse. Je me sens dégoûtant et laid. Je me sens seul et détérioré.

Puis, c’est là que je me rends compte de là où je suis.

Je suis arrivé, sans en avoir prit conscience à l’endroit auquel je pensais souvent sans oser y aller : Le cimetière où mes parents se reposent…

Mon cœur s’arrête lorsque je repère les lieux. Et comme pour m’accompagner dans mon drame, la pluie commence à tomber. Et là, je pleure. Oui, je pleure car cette pluie me donne l’impression que mes parents sont effondrés d’en haut, qu’ils sont malheureux pour Marien et moi, pour notre douleur commune qui nous sépare par un iceberg qui semble bien plus grand en profondeur que d’apparence. Ils pleurent sans doute pour tout le mal que nous nous faisons. Et je pleure avec eux, sentant la pluie comme leurs larmes s’écouler sur mon corps qui s’effondre lorsque j’arrive devant leurs tombes. Ils sont là, six pieds sous moi. Là et tellement loin.

Je suis complètement trempé et je me surprends à me blottir contre la roche glaciale qui fait mine de ressembler à ma mère. Je voudrais tellement qu’elle soit là. Je voudrais tellement les avoirs près de moi, sentir leurs douceurs. Il y a un an, à ce moment-ci, j’étais sans doute dans ma chambre, en train de m’imaginer un avenir… Sans me soucier que je serai un jour en train de mourir de détresse parce que mes parent sont partis sans que je profite d’eux autant que je l’aurais voulu. Je regrette ces jours où je me sentais seul alors qu’ils étaient en bas, en train de faire tout et n’importe quoi en s’inquiétant surement pour l’adolescent qui déprimait dans sa chambre comme un idiot. Comme un idiot…


Je ne sais pas combien de temps je suis resté ici, à m’assécher sous la pluie comme un être véritablement seul. Une chose est sûr, c’est que l’après-midi est déjà bien entamée, les voitures s’activent à leur quotidien de l’autre côté du mur, pendant que moi, je reste immobile contre la tombe de ma mère. M’imaginant que c’est elle et que mon père est assis à ses côtés, nous surveillant tout les deux, veillant à ce que je reparte l’esprit sain et avec toute l’affection qu’ils sont capables de me transmettre. Je sens leur force me dire « tu verras, un jour, tu souriras en pensant à nous », et comme un idiot, mes lèvres se desserrent et viennent former un sourire sur mon visage, un sourire que se mêle avec mes plaintes et mes soubresauts. Je suis en sanglots et atteint de la détresse humaine sans aucun repos psychologique dans les environs. Tout est dérisoire mis à part eux, je les aime.

La pluie cesse enfin, je reste malgré tout écroulé contre les deux tombes qui me semblent bien plus chaudes que l’air environnant. Quelques minutes, je me décide à repartir de là, totalement mouillé comme un chien battu et rejeté. Je me lève péniblement et salue avec douleur une dernière fois mes parents avant de repartir vers une autre partie de la journée… Celle où je vais devoir affronter mon frère.
 
 
Image: Angel Sanctuary 

 
 

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Tous les commentaires liés à l'article : Justinien - Huitième Chapitre

  • Camella a posté :mercredi 27 février 2008 15:04

    Oh putain...
    Mais le chaputre de ouf quoi ! je suis subjuguée, c'est moi qui rêve ou il est plus court que les précédents ? u___u c'est allé trop vite à mon goût là >.< j'en veux encore !!!! ='(
    Je suis soulagée que tu n'ai pas fait se rencontrer Justinien et Frédéric alors que Justinien était dans cet état-là XD
    Mais cette histoire avec le cimetière et tout... c'est magnifiquement bien écrit, incroyable O___o j'ai peine à croire que c'est possible d'écrire les choses avec une telle... vérité, et une telle beauté ... tu sais, moi-même quand je lis ça j'ai l'impression d'arriver rien qu'un peu à ressentir ce qu'il ressent quand il parle de ses parents, et pourtant Dieu sait que les miens, jamais je ne penserais des trucs comme ça d'eux .... et ça me fait aussi un peu penser à Amélie dans TYFY xD car elle aussi fuit en courant un soir et ça la mène jusqu'au cimetière où repose ses parents (et pourtant elle est responsable de leur mort et elle ne s'en veut absolument pas XD mes persos sont tous des fous ) .....
    Enfin bref !
    Tout ça pour te dire que ce chapitre est lacrymalement magnifique u____u
    Bisous !
    Camille
  • Laine a posté :mercredi 27 février 2008 14:38

    >____________< Triiste

    Vivement minuit et demie, ça c'est sur.

    Bisouilles!

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