
Je ne sais pas comment réagir, il est
là devant moi, et il a l’air mal en point. Je
l’entends grogner, quelque chose ne va pas pour lui, et cela
m’inquiète. Je me relève doucement, il ne
semble pas m’avoir remarqué, mon
côté réservé me dirait de fuir les
lieux, mais mon côté amoureux me demande de lui
parler. Je suis paumé, qu’est-ce que je dois faire ?
Et si c’était la seule chance pour moi de lui adresser
la parole, de voir ses yeux se tourner vers moi, et sa bouche
s’ouvrir pour me répondre ?
Je préfère ne plus réfléchir, je me dirige maladroitement vers lui et me décide enfin à dire quelques mots dans sa direction :
_ Est-ce que… est-ce que ça va ?
J’aurais tout de même pu trouver mieux, je le vois presque recroquevillé sur lui-même et je lui demande si tout se passe bien pour lui. Je manque vraiment de tact, c’est de famille, mes parents étaient tout deux ainsi et pour ce qui est de Marien… Il est pire que moi.
_ Je nage dans le bonheur… me répondit-il froidement en relevant les yeux vers moi.
Ils sont bleus ! Je ne m’étais pas trompé ! Ils sont bleus ciel, je trouve cela magique. On croirait nager dans l’eau la plus clair du monde, l’eau la plus pure. Mon cœur se met à battre la chamade encore plus rapidement. Faites que j’arrive à me calmer avant de reprendre la parole.
_ Je vois ça… mais pourquoi ? Si je peux me permettre.
_ Pourquoi ?! annonce-t-il dans un souffle impatient, et bien, je suis viré de l’équipe de volley, c’est formidable !
Je le sens soudainement près à exploser. J’espère qu’il n’a pas le même caractère que Marien, sinon, autant m’acheter une corde, que j’en finisse tout de suite.
Hum… Je ne savais pas qu’il faisait du volley, si je l’avais su je me serai fait un plaisir d’aller à chaque match. Rien que d’imaginer son corps faire des efforts et ses muscles se contracter, j’en ai des frissons. La vision de cet enchaînement athlétique doit vraiment être agréable pour les yeux. Surtout les miens.
_ Comment est-ce possible ? demandais-je avec une inquiétude qui se veut véritable.
_ Oh ! C’est extrêmement simple, je suis accusé d’avoir fouillé dans les bureaux de l’association des profs pour le sport en vu de changer les barèmes de notation pour les diplômes de fin d’année ! Moi ! Alors que j’ai absolument besoin de mes résultats dans cette matière si je veux passer à l’Université ! débite-t-il avec un énervement si fort que j’en aurai presque peur.
J’écarquille les yeux, il est réellement dans la merde. Ce premier rapprochement n’est vraiment pas fantastique, il va s’en cesse penser à ça en me voyant désormais. C’est fou ce que j’ai bien fait de lui parler. Quel idiot je fais.
_ Tu sais qui a pu faire un truc pareil ?
_ J’ai ma petite idée, mais ils ne veulent pas croire, on n’accuse pas cet individu, m’ont-ils fait comprendre.
_ Bon, si tu sais qui est le fautif ça me rassure pour ce que je vais faire dans les minutes qui viennent…
L’idée vient de me traverser l’esprit, je suis complètement fou, mais rien que pour lui, rien que pour marquer cette première discussion d’un point positif – pour lui en tout cas – je vais me diriger vers l’équipe des professeurs et me passer comme un grand la corde au cou. Je suis mort.
_ Qu’est-ce que tu vas faire ? me demande-t-il l’air dubitatif.
Je ne lui réponds pas, je traverse directement les vestiaires et me dirige dans le gymnase, il se lève et me regarde partir, je sens son regard interrogateur dans mon dos. J’espère que j’aurais encore le plaisir de le revoir après ce que je vais faire.
Je me dirige droit vers le prof qui s’occupe de l’équipe de volley, lorsqu’il m’aperçoit, il me jette un regard en biais. Je me mets face à lui, je ne peux plus reculer désormais.
_ Monsieur, c’est moi qui ais fouillé dans les bureaux l’autre jour.
Je lâche la phrase en une seconde, chronomètre en main. Je tremble de la tête aux pieds, je suis pourtant habitué aux ennuis, mais depuis l’incident d’hier soir, la puissance de mes angoisses s’est multipliée. Le professeur me regarde étrangement, je l’entends appeler Fredric. Celui-ci arrive et se met derrière moi, lorsque la situation lui a clairement été énoncé, il pousse un cri de surprise :
_ Quoi ?! C’est lui ?!
Oh Mon Dieu, je crois qu’il s’imagine que je suis le responsable de son plausible renvoie. Qu’ais-je fais ? Il va me détester. Pourtant, je pensais lui avoir fait comprendre que je n’étais pas responsable, que je voulais simplement lui sauver la mise, moi, en parfait inconnu à ses yeux.
Le professeur nous emmène tout deux dans les fameux locaux où l’acte c’était sans doute produit. Il se tient devant son bureau et croise les bras, je le sens fulminer de l’intérieur lorsqu’il me regarde.
_ C’est vraiment toi ou Fredric t’as poussé à dire une chose pareille pour qu’il réintègre son équipe ?
_ C’est vraiment moi.
Je soutiens tellement bien mes paroles que je pense avoir l’air extrêmement crédible, qu’est-ce que je ne ferai pas par amour pour lui ? Et pourtant, je le sens me dévisager. Il ne comprend pas que je fais cela pour l’aider… il ne comprend pas.
_ Apportes-moi une preuve que c’est toi ? me demande le prof qui me semble plus fait pour le métier de flic plutôt que pour être chef d’une équipe de volley.
La preuve, j’en ai malheureusement une. Il y a quelques mois, j’ai volé le trousseau de ma prof d’anglais, dessus il y avait la plupart des clés pour le lycée, y comprit le gymnase. Je l’avais prit dans l’unique but de m’enfermer dans une salle de cours pour éviter les autres après la mort de mes parents. Immédiatement je le tends au professeur, lui et Fredric n’en reviennent pas. Je l’entends ordonner à mon Apollon de quitter les lieux avec une voie pleine de colère.
_ Et bien, tu vas me suivre jusqu’au bureau du principal mon gars. Je pense qu’une exclusion de plusieurs jours devrait te faire le plus grand bien !
S’il savait que je ne suis pas venu au lycée depuis plusieurs semaines, il ne penserait pas aussi facilement que cela me ferait du bien.
Dans les minutes qui suivent, nous sortons du gymnase et nous débarquons dans le bureau du proviseur. C’est un homme d’ordinaire accueillant et amical, or, je pense qu’il ne va pas aimer du tout mon intrusion dans son bureau aujourd’hui.
Dés que j’arrive face à lui, il semble me reconnaître comme étant le pauvre jeunot devenu orphelin il y a peu de temps, mais aussi comme étant le sale petit con qui s’attire des ennuis plus vite que la lumière, c’est donc avec une voie claire et précise qu’il me lance après qu’on lui ait expliqué la situation :
_ Vous cumulez vraiment en ce moment Justinien Hooper.
La situation me glace le sang, du moins, ce sont les paroles que je sens venir à la vitesse de la lumière qui m’assassinent intérieurement.
_ Bon et bien, je vais demander à votre frère de venir vous chercher, je suppose qu’il sera ravi d’entendre que vous êtes renvoyé du lycée pendant… une semaine, m’achève-t-il en attrapant le combiné du téléphone.
_ Vous n’avez pas idée Monsieur…
_ Assis, s’il vous plaît, m’ordonna-t-il sur un ton aimable, bien malgré moi.
Il compose le numéro de téléphone de Marien, je sens mon angoisse redoubler, les paroles qu’il a prononcé hier soir avant que je ne fuis dans ma chambre me reviennent en tête. La pression monte en moi, et dire que je fais tout ça pour un gars qui ne me verra plus jamais autrement que comme un voyou qui a failli le faire renvoyer. Je suis un crétin.
Image : Setsuna d'Angel
Sanctuary.














