Justinien - Troisième Chapitre (Justinien) posté le jeudi 21 février 2008 04:08

 
 
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Je redescends en bas quelques heures plus tard pour manger. Marien est là, en train de mettre la table, mes yeux sont toujours rouges de larmes, je me sens vidé, il me lance un regard noir et prend la parole avant que je n'ai le temps de me cacher sur ma chaise pour avaler rapidement le repas.

_ Demain, tu retournes au lycée, et je n'hésiterai pas à recommencer, peu importe la connerie que tu fais !

Je fixe mon assiette pleine, ses mots me font perdre l'appétit, il me dégoûte et me fait peur. Mes yeux me piquent à nouveau, j'ai encore envie de pleurer, je pensais pourtant avoir utilisé toutes mes larmes. C'est douloureux. Bien malgré moi, quelques goûtes salées s'échappent de mes yeux, je me lève sans attendre et remonte en courant dans ma chambre. C'est foutu, je n'arriverai jamais à avoir envie de manger, non, je n'y arriverai pas, surtout si Marien est là. Ses menaces me terrorisent, si nos parents savaient ça... Ils doivent le désapprouver de là où ils sont, jamais ils ne m'auraient fait vivre une chose pareille, non, jamais.

Je me mets dos à la porte et me laisse glisser le long tout en pleurant, encore. Je vais être dans un sale état demain en y retournant, avec ces sales gens qui m'écœurent autant que mon frère. J’entends ses pas qui montent les escaliers, ils s'arrêtent derrière ma porte de chambre, mais il ne dit rien. Il ne dira jamais rien. Et je pleure encore plus en constatant son indifférence, sa méfiance envers moi. Il repart, me laissant seul assit par terre, les larmes me défigurant le visage.


Les heures passèrent rapidement, j’étais toujours tétanisé par tout ce que j’avais pu vivre. Au bout d’un certain temps, je me décide enfin à me coucher, demain, je retrouve ce maudit endroit. Je vais devoir y aller les mains dans les poches, je n’ai aucune idée de là où ils en sont, toutes ses journées d’absences vont m’achever face à eux, je vais m’écrouler ma moyenne, et ils se moqueront de moi… Et puis il y aura Marien pour en rajouter une couche, pour en rajouter tout court. Qu’est-ce qu’il dira, qu’est-ce qu’il me fera ?
Je tremble à ces pensées, fatigué, je m’enroule dans ma chaleureuse couette et décide de vagabonder au travers d’une autre scène… Fredric. Il me manque, j’ai tellement envie de le revoir, le regarder pendant les courtes pauses où nous sommes dans le même couloir. Dans un sens, savoir que je vais revoir son sourire me rassure, au moins, je me sentirai plus vivant dans ce monde pitoyable.

Le sommeil m’attaque rapidement, l’image de Fredric est plus forte que jamais. Et c’est ainsi que je m’endors, recroquevillé sur moi-même, la photo de mes parents en guise de peluche protectrice et mes couvertures me cachant totalement de la réalité. J’ai crée ma bulle.


Le réveil sonne dans un bruit sourd, j’ouvre les yeux en grand, je viens d’être arraché de mon monde d’une manière violente. Aussi violente que Marien. Je ne bouge pas, ayant peur de quitter la chaleur de mon lit, ayant peur de l’extérieur que je sens oppressant. Finalement, au bout d’un certain temps, je me force langoureusement à me lever, mes pieds touchent le sol, ça me rend malade. Comme un automate usé, je m’habille, mes membres me font encore mal de la veille, je constate que j’ai d’énormes traces bleues dans le bas du dos, ça me rappelle tristement ma situation actuelle. J’enfile rapidement mes habits, je ne veux pas voir plus longtemps la forme douloureuse de mes problèmes sur mon corps. Puis je descends en bas, retrouver mon quotidien qui me renvient en pleine tête comme un boomerang de feu.
Marien est là, il est en train de préparer les bols pour le déjeuner, il m’a rempli le mien de chocolat et de lait, je le sens d’ici, à côté, j’aperçois trois tartines grillées et beurrées. S’il n’avait pas commit cet acte cruel, je l’aurais presque prit pour un grand frère attentionnel aujourd’hui. Le seul contraste de la scène réside dans son regard qui m’indique que je n’ai pas intérêt à faire quoi que se soit de travers.
Je m’assois donc en face de lui et avale ce que j’ai à avaler, j’aurais pu avoir faim, mais mon malaise est tellement puissant que j’en viens à ne plus ressentir mes besoins primaires.

_ Je t’emmène au lycée ce matin, me dit-il sur un ton froid, pour simplement m’assurer que tu y seras.

Je ne réponds pas, à quoi bon de toute manière, ses conversations avec moi se font à sens unique, il ne cherche jamais à faire un échange, il me considère comme son inférieur. Je ne suis pas à la hauteur du grand Marien Hooper, celui qui a réussi ses études, celui qui se retrouve responsable d’un adolescent puéril, celui qui ne souffre pas de la mort de ses parents ! Non, en effet, il n’y a que ses chaussettes qui lui arrivent aux chevilles, et je ne suis pas une chaussette.

Environ une demi-heure plus tard, nous décollons vers mes Enfers personnelles, le lycée. Lorsque l’établissement se dresse devant moi, je sens la nausée me monter à la bouche. J’ai le pressentiment que les choses ne vont pas se passer correctement. Marien s’arrête juste devant l’entrée, une grande porte verte qui s’ouvre lorsque l’on sonne chez la concierge. Je descends comme un zombie du véhicule, Marien attend que je passe la porte avant de redémarrer et partir pour son travail. Quel idiot !

Une fois à l’intérieur, j’ai l’impression que la terre s’effondre sous mes pieds. J’emboîte mes pas avec une fausse assurance, j’avance le long d’un petit couloir pour arriver aux escaliers, une fois devant je les montes avec difficulté. Et comme si ce n’était pas suffisant, le fait de mettre un pied plus haut que l’autre à chaque marche fait frotter mon jean contre mes bleus et propage une douleur que je ne connaissais pas jusqu’à présent. J’arrive donc au premier étage de cette manière et de loin, je les aperçois déjà, eux, ma classe. Ecœurant !

Arrivé à destination, je percute Arnold, un grand blond qui mesure deux têtes de plus que moi, il me toise de haut et je lui réponds de mon regard noir si peu engageant. Alors que je m’apprêtais à m’écraser contre un mur et m’assoir par terre, je remarque de loin la présence de quelqu’un que je n’avais pas vu depuis longtemps, tellement longtemps que je ne me souvenais plus qu’il était un ami et sans doute le seul heureux à me revoir étant donné son sourire sympathique qu’il m’envoie. Je m’avance donc vers lui, avec une tête moins rayonnante, on se serre la main puis il me demande comment je vais.

_ J’ai déjà vécu mieux, mais je ferai avec, merci Chase… lui répondis-je en essayant d’échapper à ses yeux interrogateurs.

Chase est aussi grand que moi, peut-être même un peu plus petit, il a des cheveux noirs aux reflets bleus qui lui descendent dans le cou, une coupe assez commune dans ce lycée – je dis ça uniquement parce qu’ils ont tous la même que moi et que je n’aime pas me sentir copié – ses yeux sont peu communs, couleurs d’améthystes, c’est assez joli à voir. Quant au reste de son visage, sans trop le regarder, je le trouve assez pâle et fin. Mais je sais qu’il est malade donc je ne ferai pas de commentaire là-dessus, il fait de l’asthme je crois. Il me souri tendrement, il a l’air inquiet pour moi. Cette manière de faire me donne envie de fondre en larmes et de lui dire toutes mes douleurs. Mais je ne le ferai pas, j’en suis incapable.

_ Alors, tu as fait quoi de beau depuis tout ce temps ?

_ Rien.

Je suis froid, ça le rend nerveux.

_ Oh… Et bien ici, on a pas mal avancé les cours, je te passerai ce que j’ai, si tu veux, on pourra se voir une après-midi ou deux pour rattraper tout ça et… et le temps perdu.

Je hausse les épaules, à quoi bon lui dire que je me fiche du lycée et que je cherche à m’isoler. Enfin bon, s’il le veut, je passerai un peu de temps avec lui.

Au moment où je songe à la gentillesse de Chase, je tombe nez à nez avec une vision enchanteresse, et là, tous mes doutes, toute ma peine et ma colère se désintègrent en un instant. J’esquisse un sourire malicieux, Chase le remarque, je me referme aussitôt. Et je suis discrètement des yeux Fredric, le revoir m’a fait l’effet d’une bombe, j’ai envie de lui sauter dessus et de l’embrasser d’une manière dévorante. Il m’a manqué.
Je sens une main me tapoter l’épaule, c’est Chase, il veut que je rentre en salle, le prof de maths est arrivé. L’un des pires profs que je sois obligé de supporter. Je quitte des yeux mon beau garçon et suis à contre cœur mon ami.

Dés que je fus rentré en classe, notre professeur me lance un regard narquois et me dit sur un ton moqueur :

_ Oh, Monsieur Hooper, je ne me souvenais plus que vous fussiez dans ce lycée !

_ Moins non plus, je ne m’en souvenais plus. Du moins, je ne me souvenais plus de vous Monsieur.

_ Toujours cette insolence en vous, je suis ravi de vous revoir. Allez vous assoir et je ne veux plus vous entendre comme à l’ordinaire et se sera parfait.

« Comme à l’ordinaire », d’ordinaire je ne suis pas là, sale fumier ! Il m’énerve. Ma journée commence mal. Durant l’appel, j’oublis maladroitement de signaler ma présence, je me reprends donc encore une réplique sèche ainsi que des ricanements de ces imbéciles dans la classe. Je fuis rapidement le regard désolé de Chase, je me sens pathétique. Et le pire, c’est que je ne peux même pas passer mon temps à admirer l’extérieur, les fenêtres sont trop hautes pour les curieux, c’est frustrant.

Les deux heures de maths passèrent si lentement que je fus prit de fatigue à plusieurs reprise. Le point positif après cet effort considérable pour ne pas m’endormir, c’est qu’il était temps de partir en pause !
Je me lève donc rapidement, je m’arrange pour semer Chase, je n’ai pas envie de rester avec lui durant notre heure de trou, je voudrais simplement m’isoler un peu avec mon Ipod, et je connais l’endroit idéal pour cela : les vestiaires du gymnase des garçons. Il n’y a jamais personne à cette heure là en principe.

J’arrive donc en moins de cinq minutes à destination. Je m’assois par terre, contre les casiers et j’allume ma musique. Le son me pénètre dans les oreilles avec délice et je me mets à songer à une autre vie. Je m’imagine en compagnie de Fredric, tout deux enlacés dans ma chambre, sur le lit. Je m’imagine l’embrasser, le caresser et je sens ses mains sur mon corps. Soudain, en prenant conscience que je suis au lycée, je m’arrête rapidement de penser à tout ça, je ne voudrais pas sentir une partie de moi qui est incontrôlable se rendre visible à la société. Et en ouvrant les yeux, je sursaute sous un choc visuel assez puissant : Fredric est assis sur un banc en face de moi, il se tient la tête entre les mains et semble totalement désarmé.

Mon cœur explose sous cette vision. Je n’ai aucune idée de ce que je dois faire !
 
 
Image : Angel Sanctuary.
 

 

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Tous les commentaires liés à l'article : Justinien - Troisième Chapitre

  • Goblinaya a posté :dimanche 01 juin 2008 11:56

    Moi j'ai ma petite idée sur ce qu'il doit faire, Justinien. héhéhéhé!
  • flippy a posté :jeudi 22 mai 2008 14:51

    frédéric ! frédéric ! frédéric ! comment peux-tu me rendre aussi dépendant ... ? saute-lui dessusssss !!!
  • Nell' a posté :jeudi 15 mai 2008 19:03

    Comme promis, je suis venue lire
    J'aime beaucoup les sentiments transcrits, tu écris très bien. Il y a juste une petite chose qui me semble étrange ( mais peut-être est-ce moi qui ne suis pas habituée à ceci ) lorsque tu utilises du présent et du passé simple/imparfait/passé composé dans la même phrase, cela me chiffone légèrement. Mais sinon, le reste est génial.

    Je vais m'arreter là pour ce soir, je dois faire quelque chose mais demain, je me mange tes chapitres

    Bisouuus Lisanounette
  • shino a posté :mardi 25 mars 2008 23:55


    j'adore!!! il fait son trip, et pouf!!! l'objet de ses fantasmes est là!!
  • elfira a posté :mercredi 05 mars 2008 10:39

    Retour au lycée difficile...

    Va t il tenter sa première approche du beau Frédéric ?
  • Camella a posté :lundi 25 février 2008 22:30

    Mais pourquoi il ne va pas le voir ?
    Ils sont en couple ou pas ? Je comprends pas !
    *Fan fan faaaan*
    Je veux la suiiiiiiiiiite !!!
  • Tatoux a posté :vendredi 22 février 2008 13:10

    Fais comme dans tes rêves coco, saute lui dessus ;D
  • Laine a posté :jeudi 21 février 2008 15:13

    O____________________________O

    O__________________________________________O

    Non, non, non, chapitre quatre madame! O__O

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