C'est parti
pour le dernier chapitre de cette fiction.
Comme prévu, il y aura un épilogue très
bientôt et la suite de l'histoire dans Never-Ending
Story.
N'oubliez pas
de lancer la chanson qui sera linké dans le chapitre


On m’a laissé quitter
l’hôpital cinq jours après mon réveil. Et
depuis, je ne cesse de repenser à cet
événement qui me marquera à jamais
physiquement et moralement.
Je n’ai jamais réellement compris ce qu’il
s’était passé ce soir là, lorsque je me
suis fais agressé. La seule chose dont je me souvienne,
c’est la présence que Marien et Johanna avaient dans
cette ruelle. Voir mon frère se battre pour moi et me
secourir, était d’un immense soutient. Le genre de
soutient qui nous aide à préserver notre vie. Je
parviens encore à discerner sa silhouette de l’ombre
de la rue et sa manière de me tenir par la main, pleurant
toutes les larmes qu‘il avait à disposition. Car
même si mes yeux faibles n’arrivaient plus très
bien à différencier les éléments du
décor, je sentais sa douleur qui venait se perdre
jusqu’à moi, et jamais je n’avais pris
conscience d’avoir un véritable frère. Je crois
bien que le supplice qu’il vivait à me voir mourir
dans ses bras m’a donné suffisamment de courage pour
lui épargner cette perte. C’est assez incroyable de
constater ce que l’on est capable de faire par amour.
Quoiqu’il en soit, depuis que je suis revenu à la
maison, chacune des personnes de mon entourage a fait acte de
présence. Que se soit mon frère, sa petite amie,
Chase et sa famille, ils ont tous été présent.
Tous, sauf un. Je n’ai pas revu Fredric depuis notre dernier
baiser à la librairie. Ce baiser qui m’avait tant
effrayé. Je sais qu’il a été mit au
courant de mon accident, mais ni Chase, ni Lénaïg
n’ont daigné m’expliquer quoi que se soit,
s’il avait été présent ou non à
mon chevet. Et à chaque fois que je mentionnais son nom, un
silence glacial régnait dans la pièce.
Quelques jours après ces questions, Marien m’a
expliqué qu’il savait que j’étais
amoureux d’un garçon, apparemment mes parents lui
avaient tout dit il y a environ un an, un peu avant leur mort.
Lorsqu’il m’a apprit cela, je crois bien ne jamais
avoir été aussi surpris de toute ma vie. Moi qui
était alarmé par le simple fait de le savoir un jour
au courant de mon homosexualité, je me suis senti si
apaisé que s’il n’y avait pas eu
l’intervention surprenante du petit Mickey dans la
pièce, je me serais mis à pleurer sur mon
frère pour le remercier de ne pas m’avoir jugé
là-dessus, ni contraint à un autre amour. Mais
visiblement, les aventures du frère de Chase étaient
tellement palpitantes que Marien et moi n’avons pas pu finir
notre conversation. En effet, Mickey, maladroit venait de
libérer son lapin dans le salon et n’arrivait plus
à le rattraper, et comme ses parents n’étaient
pas encore revenu du travail et que lui et Chase ne parvenaient pas
à attraper l’animal, le petit brun
s’était précipité dans ma chambre pour
demander de l’aide à Marien. Celui-ci, avec une envie
de rire incontrôlable, se leva de mon lit et m’invita
à aller admirer cette chasse au lapin qui se ferait dans
notre salon. Comme je n’avais pas tellement le droit de
bouger et que j’étais sans cesse surveiller,
j’avais donc sauté sur l’occasion pour sortir
enfin de ma chambre et suivre mon frère qui portait dans ses
bras le petit Mickey totalement apeuré par la perte de son
animal.
Quand je regarde ce qu’il en est deux semaines après,
je crois que mon agression a permis beaucoup de choses positives.
Les Blake se sont rapprochés de notre famille, les parents
de Chase sont toujours présents pour nous aider, ou
plutôt pour veiller sur ma bonne santé. Et en
échange, mon frère garde parfois le plus jeune des
enfants à la maison, Mickey. Aussi, Chase, en bon ami
qu’il est, vient le plus souvent possible avec
Lénaïg. Le seul que je ne vois que rarement est Ange.
Je sais qu’il a un caractère assez particulier et que
malgré la gentillesse dont il s’éprend tout les
trente-six du mois, il a une forte tendance à hurler sur
tout ce qui bouge. Mais je l’aime bien tout de même,
c’est juste qu’il est encore très jeune.
Leur parent, eux, sont tout particulièrement attentifs
à Marien et moi, c’est assez remarquable. Je ne
connaissais que très peu le père de Chase, mais il
s’est avéré que c’était un homme
très tendre et calme, et en le voyant, je comprenais mieux
pourquoi il allait si bien avec sa femme. C’était une
famille parfaite qui venait à notre secours, une famille
modèle, touchante et très soudée. Nous avions
de la chance.
Tout cela pour dire que depuis que je me suis fais poignarder,
j’ai rapproché la famille de Chase et la mienne.
C’est réellement beau à voir, mon frère
a l’air d’aller mieux, son regard a changé en
peu de temps, j’ai même parfois l’impression de
le voir plus agréable et épanouie. Et après
avoir vécu pendant mes quasi dix-sept ans en compagnie
d’un type froid, violent et effrayant, le contraste avec le
Marien d’aujourd’hui est assez perturbant.
D’ailleurs à les observer tous dans leurs
métamorphoses quotidiennes, je me rends compte que moi, je
stagne. Je fais du sur-place, je les vois s’épanouir
sans pour autant les suivre, c’est comme si
j’étais le spectateur d’un assemblage de vie. Et
ce mal que je ressens, cette ignorance de tout, je sais
parfaitement de quoi elle vient. J’ai failli perdre la vie,
certes, mais ma vie, je ne la vois plus depuis deux semaines. Je me
suis battu pour mon frère dans cette survie, j’aurais
pu disparaître, mais je sais aussi que l’espoir de
retrouver Fredric était l’un des facteurs de ma
présence actuelle. Et en me réveillant à
l’hôpital, il n’était pas là.
Alors, je reste là, le regard vide à les regarder
s’amuser, attraper ce lapin, rire aux bonnes blagues
d’une famille unie. C’est triste, mais sans Fredric,
cette renaissance me semble si stupide, si terne. Et je ne veux pas
la vivre sans lui, sans amour. C’est impossible pour
moi.
_ Justinien, je peux rentrer ?
C’était la voix de Lénaïg, elle toquait
derrière ma porte de chambre timidement.
C’était la première fois qu’elle
s’adressait à moi directement. En principe, elle
n’osait même pas croiser mon regard, peut-être
était-ce à cause de Fredric ou de la peur
qu’elle avait ressenti le jour où j’ai failli
mourir, mais quoi qu’il en soit, elle semblait
intimidé et l’entendre frapper derrière la
porte fit croître mes suspicions à propos de mon
amant.
_ Oui ?
Elle apparut rapidement devant moi, l’air assez
gêné. En la regardant, je vis qu’elle avait
changé de couleur de cheveux, au lieu d’être
blonds comme ceux de sa sœur, ils étaient devenus
aussi roux que du cuivre. Et cela lui allait très
bien.
_ Je voulais te parler de quelque chose… murmura-t-elle en
s’asseyant à côté de moi, sans pour
autant me regarder.
_ Dis-moi que ça concerne Fredric… entamais-je
ouvertement, sans aucune retenue.
_ Malheureusement, oui, répondit-elle, fronçant ses
sourcils avec un visage anxieux.
Lénaïg ne semblait pas très enchantée de
devoir parler de Fredric, je voyais bien que la mention de son
frère l’embarrassait plus que de raisons. Inquiet, je
me redressa dans mon lit pour lui demander :
_ Qu’est-ce qu’il se passe ? Il va bien ?
_ Mes parents l’ont chassé de la maison après
que Lucie se soit fait arrêtée, il y a encore cinq
jours, j’avais à peu près une idée de
là où il pouvait être, mais aujourd’hui,
je ne sais pas… soupira Lénaïg, fixant mon
bureau à quelques mètres devant elle. Il… Il
m’a fait promettre de ne rien te dire, mais je suis tellement
angoissée que j’ai jugé bon que tu saches cela.
Je sais que ce n’est pas agréable et…
_ C’est bon, je ne suis pas handicapé non plus ! Je
peux au moins savoir ce qu’il se passe dans la vie de mon
petit ami ! M’énervais-je sur elle, la laissant
étourdie.
_ Ecoutes, je le sais très bien ça, mais on ne
voulait pas t’inquiéter. Après tout ce
qu’il s’est passé, comment voulais-tu
qu’on te parle de Fredric ?
_ Oh oui, je comprends ! Me voir me morfondre parce que
l’homme que j’aime n’a toujours pas daigner me
dire « c’est cool, t’es toujours vivant
!! » est beaucoup plus attrayant que m’expliquer
clairement qu’il m’a complètement
abandonné !!
_ Tu fais fausse route Justinien ! Il ne t’a pas
abandonné ! S’écria-t-elle, se levant avec
précipitation de mon lit. La dernière fois que je
l’ai vu, il n’arrêtait pas de me dire qu’il
t’aimait et qu’il ferait tout pour venir te voir
dés que possible. Il pense à toi continuellement, et
ça se voit. A l’hôpital, il…
_ A l’hôpital ?! Sursautais-je, la dévisageant.
T’es en train de me dire que Fredric était à
l’hôpital et que je ne l’ai pas vu ?!
_ Il n’osait pas venir en sachant que cet incident avait eu
lieu à cause de lui…
Je sentais une fausse note dans ce que Léna venait de dire.
Elle mentait sur quelque chose, Fredric, fautif ou non de cela
n’aurait jamais eu peur de venir me voir. Bien au contraire.
Il aurait été présent et m’aurait
soutenu dans mon malaise.
_ Tires-toi de me chambre… lui ordonnais-je sans avoir de
réelles raisons, mise à part ma colère
naissante.
Lénaïg me regarda avec des yeux ronds et me
répondit avec un tintement de voix suffisamment
exaspérant pour être ressenti comme vexant :
_ Sois pas si stupide Justinien…
Puis elle tourna les talons et claqua la porte de ma chambre.
Suite à cette conversation, je n’eux qu’une
envie, fondre en larme et supplier tout et n’importe quoi de
me rapporter mon Fredric. Je n’en pouvais plus. Même si
ce qu’elle disait paraissait étrange, il avait tout de
même été chassé de son foyer, il
était perdu au milieu de nulle part et personnes ne savaient
ce qu’il devenait. C’était insoutenable. Et ne
pas m’avoir dit la vérité me rendait fou de
rage.
Pour ma propre chance, le lendemain matin arriva assez rapidement
à la maison. Comme à l’ordinaire,
c’était Marien qui était venu m’apporter
mon petit déjeuné au lit. Il ne me laissait pas le
loisir de bouger jusqu’à la cuisine pour me servir une
tasse de café. Et cela me donnait la minime impression
d’être prisonnier de ma chambre, mais dans sa
manière d’agir, j’avais surtout
l’impression qu’il cherchait à se faire
pardonner de quelque chose, comme s’il voulait racheter
toutes nos années perdues dans la crainte l’un de
l’autre.
Finalement, avoir failli perdre la vie m’a apporté un
frère présent, certes étouffant, mais
présent malgré tout. Et je chérissais autant
que je maudissais cette opportunité de ne plus être
seul familièrement.
Quoiqu’il en soit, aujourd’hui, il n’y avait
personne à la maison et Marien devait reprendre son travail
dans quelques heures. Après l’accident, il avait prit
deux semaines de repos pour s’occuper de moi, et comme mon
état s’améliorait et que je sentais
qu’aller au boulot, cela lui manquait, c’était
sans surprise que je l’entendis me dire qu’il allait
bientôt devoir partir de la maison et reprendre enfin son
rôle au journal.
J’allais de nouveau pouvoir disposer seul de cet endroit.
Quel soulagement. Mais à travers cette reprise de travail de
mon frère, je sentais inéluctablement le destin me
rapprocher de ma rentrer au lycée. Abominable. Bien
sûr, pour le moment, j’évitais de m’en
soucier plus que de raisons, il fallait que je profite de cette
longue convalescence et pour se faire, je devais aider Marien
à quitter le plus vite possible cette maison et me laisser
seul. Chose que je parvins à faire rapidement,
l’écoutant attentivement dans toutes ses
recommandations stupides que je savais déjà et lui
donnant avec bonheur les clés de sa voiture pour qu’il
s’en aille.
* *
*
Pour la première fois depuis deux semaines, Marien devait
laisser Justinien seul dans la maison. Devoir repartir au travail
lui procurer un immense plaisir, mais savoir son frère sans
surveillance alors qu’il souffrait encore de sa blessure
l’angoissait au plus haut point.
Mais à force de l’entendre le supplier de s’en
aller le plus vite possible, il quitta les lieux,
répétant une énième fois à
Justinien de ne rien faire de dangereux pour lui. Il devait encore
se reposer et éviter tout mouvements brusques.
Montant dans sa voiture, Marien regarda furtivement son petit
frère refermer la porte et partir profiter de sa solitude.
Une solitude qui ne serait pas longue tout de même. En effet,
lorsqu’il enclencha le moteur et démarra pour partir
au travail, Marien roula jusqu’à l’angle de la
rue et se gara maladroitement contre le trottoir. Rapidement, il
ouvrit sa portière et en sortit pour aller
déverrouiller le coffre arrière de la voiture dans un
calme grossier, puis, le cœur battant, il se retourna pour
faire face à sa plus grande honte : Fredric.
_ On va y aller, je te laisse ranger tes affaires dans le
coffre.
Le jeune brun, froid, jeta son sac à l’endroit
indiqué et se retourna vers Marien, plantant sans douceur
ses yeux dans ceux du châtain.
_ Il est seul ?
_ Oui.
_ Je voudrais aller le voir.
Marien, suspicieux regarda Fredric de haut en bas. Il aurait voulu
lui répondre non, mais la peine de Justinien dés que
le nom de son amant était mentionné lui revint en
mémoire et il se résigna à lui dire :
_ Etant donné que nous n’avons pas la journée
devant nous, je te donne dix minutes… Et je te jure que si
tu lui fais le moindre mal, je te tuerai au lieu de
t’aider.
_ Ce ne sera pas de me faute s’il a mal, répondit
amèrement Fredric avec une voix irritée.
Puis il se détourna de Marien sans le regarder et
commença à avancer en direction de la rue qui le
mènerait à Justinien.
_ Dix minutes, pas plus, répéta à nouveau le
châtain, soupirant déjà devant désastre
qu’il allait commettre pour son petit frère.
* *
*
_ Enfin tranquille ! M’exclamais-je en
m’écrasant lourdement dans le canapé, allumant
cette maudite télévision qui n’avait aucun
programme intéressant à offrir. Plus de frère,
plus d’amis, plus de famille qui me surveille,
m’empêche de bouger et de respirer ! Enfin !
Tout en blottissant un coussin contre mon torse, je cherchais sur
le câble la chaîne des clips musicaux, seule chose bien
à regarder à une heure pareille. Après tout,
je n’étais pas en vacances, mais en convalescence, les
bons programmes n’étaient donc pas diffusés
à ces heures là, étant donné que la
plupart des gens travaillaient ou étaient en cours. A force
de zapper, je fini pas trouver une émission potable qui
passait quelques clips assez pop et rock à la
télé.
Alors que je m’apprêtais à m’enfoncer dans
le canapé, recouvert par les coussins et couvertures que
j’avais descendu pour l’occasion, la sonnette de cette
satanée maison retentit. A l’entente de ce bruit, une
grimace me déforma le visage. Je n’avais pas envie
d’ouvrir, mais la personne insista plusieurs fois de suite,
je n’avais donc pas le choix, je ne pouvais
définitivement pas rester seul dans cette maison. Quelle
poisse !
Le pas lourd, j’arrivais en une seconde jusqu’à
la porte d’entrée. Après avoir tourné
les clés dans la serrure, je m’attendais à
trouver devant moi quelques vendeurs de porte à porte ou
quelque chose d’ennuyeux comme cela, mais au lieu de voir
l’une des ces idioties, c’est une image puissante qui
se dressa devant moi, me laissant immobile et frêle.
_ F-Fredric ? C’est vraiment toi ? Murmurais-je,
assommé par cette vue.
_ Oh Mon Dieu, Justinien !
Il se précipita sur moi sans aucune hésitation,
m’attrapant avec puissance dans ses bras pour me serrer le
plus fort possible. Je répondis d’ailleurs à
cette enlacement avec vivacité. Les larmes aux yeux,
j’enfonçais ma tête dans le creux de son cou.
Respirant son odeur, sentant son cœur battre la chamade tout
comme le miens et caressant ses cheveux d’une extrême
douceur. Tout cela m’avait tellement manqué. Son
corps, sa voix, sa peau, tout chez lui m’avait
manqué.
_ Où étais-tu ? Je désespérais sans
toi… J’ai cru ne jamais pouvoir te revoir, lui dis-je,
me détachant légèrement de lui pour lieux le
regarder.
Il me fixa d’un air si peiné, si faible, que la
crainte me gagna rapidement. Je ne l’avais encore jamais vu
aussi mal et avant que je n’ais le temps de redire quelque
chose, il attrapa ma tête entre ses mains et m’embrassa
avec fougue. Nos bouches se collèrent l’une à
l’autre, laissant monter nos passions réciproques, et
rapidement ce baiser se transforma en une réelle osmose et
je me blotti contre lui en même temps qu’il
m’insuffler un nouveau souffle de vie. Cependant, dans cet
échange, un élément étranger
était venu semer le trouble dans mon esprit, à mesure
qu’il m’embrassait, déplaçant parfois ses
lèvres vers mon cou, mes joues, mon front, un goût
salé vint nous interrompre. Reculant mon visage du sien, je
le regarda et en une seconde je cru perdre pied sur ce monde.
_ Fredric, tu pleures… lui dis-je, n’arrivant pas
à croire en cet instant.
Il me rattrapa vivement et posa son front contre le mien, fermant
fortement ses yeux, il fit sortir les larmes qui devaient lui
troubler le regard depuis plusieurs secondes déjà
pour finalement me dire, en tremblant :
_ J’ai tellement peur Justinien, tellement… Si tu
savais…
Je m’agrippa vivement à lui pour lui déposer
quelques baisers sur la bouche avant d’essayer de le
réconforter avec des paroles que je trouvais aussi
misérables que nos deux corps réunis en cet instant
:
_ Je suis vivant, maintenant, tout va aller mieux, n’est-ce
pas mon amour ? Tu verras, ça va s’arranger. Je
t’aime tellement…
_ Justinien… sanglota-t-il avant de venir m’embrasser
de nouveau, les lèvres humides se collant aux miennes.
_ Arrêtes de pleurer, tout va s’arranger, absolument
tout. Ca me fait mal de te voir comme cela. Alors arrêtes
s’il te plaît…
J’avais l’immense impression qu’il
n’écoutait que d’une oreille ce que je lui
disais. Il ne semblait pas être ailleurs, mais je sentais
qu’il voulait dévorer l’instant présent
et j’en eu la confirmation lorsqu’il répondit
:
_ Embrasses-moi, s’il te plaît,
embrasses-moi…
Sans hésitation, je prie à mon tour possession de ses
lèvres et de son âme tout entière,
j’aurais voulu me déchaîner dans une passion
mise à nu, qu’il me fasse à nouveau
l’amour, mais il m’interrompit, prenant l’une de
mes mains pour entrelacer nos doigts et nous voir complet pendant
un instant. Ses larmes étaient toujours présentes,
même beaucoup plus que lorsqu‘elles avaient
commencé à couler, et cela me fit rapidement gagner
en inquiétude.
_ Justinien… murmura-t-il, i-il va falloir que je te dises
au-revoir, et je ne sais pas encore comment je vais pouvoir faire
cela…
_ Quoi ? M’exclamais-je faiblement, sentant une pression
brutale contre mon cœur.
Je n’arrivais pas à saisir l’exact sens de ce
qu’il venait de me dire.
_ Le temps va manquer… Mais il faut que j’arrive
à te dire que… te dire que je te quitte… Je
m’en vais, le plus loin possible d’ici…
_ Mais qu’est-ce que tu me racontes, Fredric, mon amour,
tu…
_ Ne dis rien s’il te plaît, je t’en supplie, ne
rend pas ce moment encore plus difficile…
Il me caressa tendrement le visage, comme s’il cherchait
à le mémoriser pour l’éternité
à venir. Chose qui me déstabilisa, me donnant envie
de souder mon corps au siens et de lui interdire ces quelques
paroles qu’il prononçait avec une peine
évidente.
_ Je t’aime Justinien, je crois que je n’ai jamais
autant aimé quelqu’un et que je ne serais jamais
capable de donner autant d’amour à une autre personne.
Tu es la meilleure chose qui me soit arrivée dans cette vie
et dans toutes les autres, mais je suis obligée de partir,
je ne peux pas rester, je suis désolé, affreusement
désolé…
Il planta son regard une nouvelle fois dans le miens, me
dévisageant jusqu’à mon âme et me
laissant vide de toutes émotions. Le monde
s’écroulait autour de moi, à mesure que je le
voyais prendre du recule de mon être. De quelques
millimètres, des centimètres se mirent à nous
séparer. Puis, au bout de quelques secondes, son corps
s’éloigna du mien, je ne touchais plus rien
d’autres que le néant. Sa peau et sa chaleur me
quittaient tout entier et je n’avais jamais eu
l’impression d’être aussi lourd qu’en ce
moment.
_ Fredric, Fredric… Qu’est-ce que tu fais ?
Qu-Qu’est-ce que…
Si Dieu existe comme beaucoup le pense, pourquoi me fait-il vivre
un tel calvaire ? Comment se fait-il que le visage de Fredric, son
corps, son âme, s’amenuisent de leurs présences
et que je le regarde se détourner de moi sans savoir comment
agir ?
Il repassa rapidement derrière la porte de la maison, la
refermant sans que je ne puisse profiter de sa silhouette une
dernière fois. Il venait de quitter ma vie, et je la sentais
mourir à côté de moi sans oser retourner
à l’intérieur. Quelques larmes trop lourdes
pour mes yeux, sortirent au premier clignement, elles
roulèrent dans un supplice abominable sur mes joues,
laissant une trace humide de leur passage sur moi. Et malgré
tout, je ne pouvais pas croire que tout était fini. Il y a
encore cinq minutes, Fredric était là et
c‘était comme si je reprenais enfin conscience que
j‘étais vivant. Et l’instant
d’après, il ne restait plus que son odeur dans
l’air, la sensation d’une présence
passagère implosant dans le vide.
Sans savoir par quelle prouesse physique cela était
possible, je me retrouva très vite à genoux, à
l’endroit où Fredric venait de me quitter. Je crois.
Tombant au sol comme une feuille morte, je parvins à
entendre la chaîne musicale lancer une
chanson actuelle qui me fit frémir dans son
ensemble. Elle était vraiment mal choisi pour ce moment, et
lorsqu’elle résonna jusque mon cœur,
c’était mon âme qui s’écrasa par
terre, comme du crystal, se brisant en milliers de morceaux dont je
ne ressentirais plus jamais l’émotion.
Ne parvenant pas à réagir, je ne fis qu’une
lamentable chute, écrasant ma blessure contre le parquet de
la maison et sentant la froideur du sol sur mes joues
mouillées.
Je resta ainsi de longues heures, ne croyant pas à ce
qu’il venait de m’arriver. J’étais bel et
bien seul, enfin seul. Abandonné, roué de coups
intérieurs et immobile contre mon néant. Tout
était noir. Et la mort imminente que j’avais ressenti
il y a peu de temps n’était rien comparée
à celle-ci. J’étais fini.
* *
*
Deux heures plus tard. Assis au volant de sa voiture, Marien
regardait par la fenêtre la forme métallique
d’un avion s’envoler d’un aéroport
à travers le ciel.
Il venait d’envoyer Fredric droit vers les Etats-Unis, lui
redonner une nouvelle vie. Il lui avait tout acheté pour
être sûr que le jeune homme ne refuserait pas.
Lorsqu’il arriverait à New York, il aurait un
appartement, un travail, et autant d’argent qu’il lui
faudrait pour lancer correctement sa vie. Marien avait vraiment
tout fait. Mais son cœur avait bien plus mal que ce
qu’il aurait cru. Lorsque Fredric était revenu de chez
eux et qu’il était monté dans la voiture, ses
yeux étaient si rouges de larmes et sa respiration tellement
saccadée qu’il s’était demandé
comment il parvenait encore à respirer. De plus, Fredric
s’était effondré en arrivant à
l’aéroport et en devant prendre ses bagages afin de
quitter définitivement - selon les ordres de Marien -
cette ville qu‘il n‘aimait que pour Justinien.
Mais le jeune homme, encore remué par tout ce qu’il
venait de se passer récemment, se demandait s’il avait
réellement pris la bonne décision en forçant
Fredric à quitter son frère. Et c’était
d’ailleurs à la pensée de cet amour
brisé qu’il explosa en sanglot au volant de sa
voiture. Se sentant destructeur et sale.
Finalement, il n’était pas un si bon frère que
ça. Mais pour se contraindre à penser autrement, il
se répéta à tue-tête que
c’était pour le bien de Justinien. Pour son bien, leur
bien. Pour leur survie. Et simplement cela. Qu’il ne lui
faisait aucun mal.
Au bout d’un certain moment, sachant pertinemment que
Justinien était chez eux, sans doute en larmes et
anéanti, il redémarra en trombe la voiture, essuyant
ses yeux et fonçant droit vers la maison.
Lorsqu’il y arriva, le regard inquiet, le cœur battant
la chamade, il eut une soudaine peur de ce qu’il allait voir.
Perdre son frère l’effrayait au plus haut point depuis
que cette pensée avait failli se réaliser. Et quand
il enclencha le verrou de la porte d’entrée et franchi
le seuil de la maison, ce qui s’offrit à sa vue fut
à la hauteur de ses craintes. Justinien était
écrasé au sol, face contre terre, la respiration
lente et le corps frêle.
_ Justinien ! S’écria Marien, prit de panique.
Il se précipita rapidement vers son frère. Il ne
pleurait pas, ne disait rien et semblait avoir perdu la
réalité de son regard. Jamais il ne l’avait vu
si malade et abîmé.
_ Justy, qu’est-ce qu’il se passe ? Dis-moi…
Qu’est-ce qu’il se passe ?
S’il n’avait pas été le grand Marien, il
n’aurait pas tenu plus d’une seconde sans
s’écrouler au côté de son frère
pour pleurer. Mais son sang froid lui permis de toucher Justinien
et d’essayer de le relever. Chose qui fut vite interrompu
lorsque le jeune garçon repoussa avec violence son
frère aîné et s’agrippa au sol comme si
sa vie en dépendait.
Marien, ne voulant pas croire à ce spectacle, saisi avec
force Justinien par les côtés et chercha à le
soulever. Seulement, cela était bien plus difficile que
prévu. Mais à force d’acharnement et devant la
faiblesse de son petit frère, il parvint à le saisir
correctement et à le décoller du sol afin de le
porter dans ses bras. C’était bien la première
fois qu’il était obligé de faire une chose
pareille.
Désarmé, Justinien écrasa finalement sa
tête dans le cou de son frère et explosa en sanglot et
disant, dans une réalité scandaleuse, que Fredric
l‘avait quitté. Marien, débordant de
culpabilité, se déplaça jusqu’au
canapé un peu plus loin, Justinien toujours blotti dans ses
bras et il s’assit ainsi, serrant son frère le plus
fort possible pour ne jamais le voir s‘échapper.
Il se savait fautif de ce drame qui venait sans doute de
détruire une grande partie du bonheur de son frère,
mais il pensait sérieusement que cela était pour son
bien, et uniquement son bien. Fredric, son corps svelte, ses mains
fines, son regard fragile et ses cheveux noirs de jais,
n’était désormais plus présent. Tout
était fini. Cette aventure n’était
désormais plus qu’un souvenir. Un souvenir aux
couleurs du néant et de l’inconscience.
Et ce n’était plus que l’infâme laideur
d’une osmose inachevée.
FIN
Et
voilà, Justinien se termine ici. Du moins
l'histoire.
Tout comme pour I Want to Save you, je ne sais pas trop
quoi dire mise à part que c'était une magnifique
expérience et que je ressens beaucoup de fierté
d'avoir écrit cette histoire.
Bien
sûr, l'épilogue devrait arriver très rapidement
afin que je puisse mettre la première maj de
Never-Ending Story en route.
J'espère que cette fin vous a tout de même
plu et que vous n'êtes pas déçu de les voir se
séparer (désolé à Sasa
qui m'avait demandé de ne pas finir mal ma
fiction
quand j'avais lu ton
commentaire, ma première réaction fut
"oups..").
En tout cas,
je vous remercie tous très fort et je vous
dis à très bientôt !
C'est un plaisir de vous avoir pour lecteurs

Nombreux ou non, je m'en fiche, vous êtes formidables
!
