
Ce soir, je suis
épuisé. Il n’y a pas à dire, le temps
est froid et m’envoie sans me laisser le temps de
réfléchir, dans mes songes. Je pense furtivement
à Fredric, aujourd’hui, notre amour a
été mouvementé, apparemment, nous nous sommes
retrouvés, mais pour combien de temps ? Je suis
affolé rien qu’à l’idée de risquer
de le perdre. Ce serait une torture si destructrice que je ne
m’en relèverai sans doute jamais. C’est
même triste à dire, et c’est sans doute pour
cela que je suis si fatigué ce soir. J’ai la crainte
d’un sursaut sentimental qui me fasse tomber sans accroches,
sans rien. Lorsqu’il m’a prit dans ses bras et que je
me suis agrippé à lui, j’ai eu
l’étrange conviction qu’il était vraiment
inquiet, vraiment effrayé par quelque chose. Sans doute
Lucie, encore. Si elle a menacé sa propre sœur de sang
pour posséder mon amant, c’est qu’elle est
capable de tout apparemment. Capable de tout. Cela me
déprime. Maintenant que j’ai trouvé mon
réel amour, celui à qui je donnerai tout, du physique
au moral, des obstacles se dressent devant nos échanges
affectifs, c’est un jeu cruel. Vraiment cruel. Je suis
amoureux de lui, et la réciproque se prouve facilement,
alors pourquoi, mais pourquoi rien ne se passe normalement ? Il est
mon appartenance à qui j’appartiens, nous sommes
enlacés même à distance, même sans
existence.
Et à force d’y penser, j’ai le sentiment que je
vais finir par me rendre malade. J’ai l’impression que
le sol se fissure entre Fredric et moi, et je ne sais pas ce
qu’il va se passer. Je sais que nous nous aimons, mais
visiblement, les autres ne nous aiment pas de la même
manière, surtout pour notre assemblage. Et j’en ai
mal.
Il est à peine vingt heure du soir, Marien est sorti avec
Johanna. Je ne sais pas où ils sont allés et je ne
tiens pas à le savoir. D’ailleurs,
j’espère sincèrement que mon frère ne me
dira jamais ce qu’il fait avec sa collègue, je serai
trop choqué de me dire qu’il a des relations…
sexuelles. Terrifiant. Cela me rappellerait trop le jour où
j’ai apprit que mes parents avaient couché ensemble
afin de me faire naître. Cette vision dans mon esprit
m’a rendu malade durant de longues années
d’innocences. C’est peut-être à cause de
cela que je suis devenu homosexuel d’ailleurs. J’ai
ressenti un trop lourd dégoût pour les relations
physiques qui se collent parfaitement l’une à
l’autre, comme un puzzle qui s’emboîte.
J’ai favorisé les amours entre hommes.
Sur ces pensées, dans un bruit vibrant, mon
téléphone bougea dans le creux de ma main. Je ne me
souvenais plus que je l’avais gardé ainsi. C’est
con d’être écroulé sur son lit, les yeux
tournés vers le plafond afin d’oublier le monde
autour, pour, finalement, laisser l’un des moyens de
communication avec celui-ci faire rage à porté de
mains. Quoiqu’il en soit, je saisi le mobile et le regarde,
il s’agit d’un numéro que je ne possède
pas. C’est vraiment ennuyant, je me sens obligé de
lire et de - peut-être - répondre à ce
perturbateur de ma tranquillité névrosée.
J’en ai marre de ces gens.
Au moment où les lignes défiles sous mes yeux,
ces-derniers s’écarquillent sans efforts. Comment cela
est-il possible ? Mon pire cauchemar vient de se réaliser.
Ce texto, cet enfoiré de message a été
composé par ma plus grande rivale, Lucie Buxley. Je suis
écœuré de m’en rendre compte, elle est
immonde. Cependant, le contenu m’intrigue grandement, elle
vient de me dire, mots pour mots : « Hooper,
déplace-toi jusque dans la ruelle derrière le
cinéma d‘ici vingt-et-une heure trente, j’ai
à te parler de Fredric, je vais y renoncer, mais je veux
savoir si tu le mérites ». Cela m’a tout
l’air d’être un piège, comment Lucie
accepterait-elle de me laisser l’amour de Fredric ?
C’est irrationnel dans sa normalité à elle.
Mais quoiqu’il en soit, le fou que je suis a très
envie d’aller discuter avec la petite teigne blonde.
Après tout, elle a osé me faire verser de nombreuses
larmes pour me forcer à perdre mon brun amoureux. Je la
hais. Alors autant se déplacer là-bas, si c’est
pour régler des comptes entre nous, et bien tant mieux, je
la détruirai, que cela soit verbal ou physique. Elle est
tellement basse que je me pencherai sur elle pour lui murmurer sa
défaite.
Je me relève donc dans l’immédiat, attrapant
mon T-shirt que j’avais jeté au sol quelques minutes
auparavant, par-dessus, j’enfile une légère
veste noir. Bien sûr, avant de quitter la chambre avec
précipitation en enfilant mes chaussures, je me regarde cinq
minutes dans la glace. Mon reflet semble mal en point, j’ai
l’impression que quelqu’un d’autre est en moi. Je
me rend soudainement compte que j’ai dû grandir depuis
la mort de mes parents, je me sens un peu plus mature.
Après, je ne sais pas si mon comportement suit la
métamorphose, mais quoiqu’il en soit, mon cœur a
vieilli, et peut-être que l’amour en est l’une
des causes. Fredric m’a fait prendre conscience de tellement
d’états d’âmes, avant, je me trouvais
simplement désirable lorsque mon reflet se plaçait
sous mes yeux, aujourd’hui, j’ai le sentiment
d’être sa perfection à lui, celle qu’il
désire par-dessus tout, et je me plais simplement en
étant son envie. Je ne sais pas si la vie fonctionne
vraiment comme cela, si, lorsque l’on est amoureux, on ne vit
réellement, que pour l’autre et pour personne
d’autre, mais quoiqu’il en soit, pour le moment,
c’est ainsi que j’existe et que je me décide
à franchir le seuil de la porte d’entrée de la
maison, bravant une nouvelle fois les ordres de mon frère.
Il n’aime pas que je sorte le soir, surtout sans
l’avertir, mais hélas, cette fois-ci, je suis
obligé de le trahir, malgré ma réticence de le
décevoir encore et toujours.
Les heures tournent un peu trop vite à mes yeux. J’en
ai pour un peu plus d’un quart d’heure avant
d’arriver devant le cinéma, et si elle m’a
indiqué la rue à laquelle je pense, je devrais
d’abord prendre l’avenue où se trouve
l’établissement pour tourner dans la ruelle où
il n’y a aucune issues. Aucune issues, l’idée me
fait soudainement rire. Vouloir me faire apparaître dans une
rue sans secours et où il y a une multitude de passants dans
la voie avoisinant, c’est assez grotesque comme piège,
et très peu fin. C’est décevant. Mais peu
importe, j’ai hâte d’arriver et de lui dire,
ouvertement, que je ne renoncerai jamais à mon unique amour
qu’est Fredric. Mon premier et unique amour. Alors elle
pourra bien tenter quelques idioties, jamais elle ne pourra
arrêter mon cœur de battre pour lui.
* *
*
Marien venait de sortir de sa voiture, sérieusement, il
rangea ses lunettes dans leur étui et sans un geste, une
main longue et fine vînt saisir la boîte pour la mettre
dans un petit sac noire. C’était Johanna. Elle regarda
son ami droit dans les yeux avec un sourire comme elle n’en
faisait que pour lui. Marien, ravi, lui rendis cette émotion
avant de prendre finalement la jeune femme par la main. Cela
faisait deux ans qu’ils avaient tenté quelque chose
ensemble et aucun d’entre eux ne se lassaient de cette
relation, certes parfois étrange, mais visiblement
sincère.
_ Tu es sûre d’avoir fermé la voiture Marien ?
Demanda Johanna sur un ton mi-soucieux, mi-amusé.
Pour lui répondre, le jeune homme soupira de frustration en
levant les yeux au ciel.
_ J’y retourne, j’en ai pour deux minutes.
Sa compagne ria en le voyant faire demi-tour, heureusement que la
voiture était à moins de cinquante mètres,
sinon, il aurait pu perdre de sa bonne humeur. Qu’est-ce
qu’il pouvait être lunatique tout de même, une
véritable girouette, bien entendu, souvent
c’était la douceur qui l’emportait sur le reste,
du moins avec elle. Pour ce qui était des autres, Marien se
montrait toujours froid et distant, sauf avec son frère,
avec qu’il se montrait souvent intouchable et inquiet. Il lui
laissait paraître une image bien sombre de ce qu’il
était en vrai, mais c’était uniquement pour le
protéger. D’ailleurs, parfois, Johanna trouvait que
son petit ami allait un peu trop loin, son comportement
était proche de la tricherie avec Justinien, elle s’en
était aperçu à plusieurs reprise. Notamment le
soir où elle avait eu rendez-vous chez Marien et que
ce-dernier avait laissé quartier-libre à son
frère. Elle se souvient parfaitement de ce moment où,
de la fenêtre de la chambre d’ami à
l’étage, elle avait retrouvé son beau
châtain clair observer Justinien en bas. Celui-ci
c’était précipité sur un jeune homme aux
cheveux noirs pour l’embrasser amoureusement.
C’était ainsi qu’elle avait prit conscience de
l’homosexualité de Justinien et du jeu
qu’entretenait Marien avec lui. En effet, bien que conscient
que son petit frère aimait les hommes, il ne lui avait
jamais avoué qu’il le savait. Il semblait plutôt
bien accepter le couple que Justinien formait avec ce
garçon, mais la manière dont il laissait son
frère s’inquiéter était assez rude.
Déjà que Marien n’était pas tendre avec
Justinien, mais si en plus de cela, il le surveillait et lui
cachait la réalité, leur lien de sang risquait de
s’amoindrir de plus en plus.
Quoiqu’il en soit, Marien revînt de la voiture assez
vite. Le visage épanoui plus que d’ordinaire, il
agrippa d’une de ses mains le cou de Johanna et celle-ci, en
retour, le prit par la taille. C’était tellement rare
de le voir ainsi, il ne montrait jamais ses sentiments, même
s’ils se percevaient, les démontrer physiquement
était presque impossible. Marien avait des allures
d’homme frigide, mais en fait, il n’était
qu’un grand timide, et cela se prouva encore plus
lorsqu’il prit conscience qu’il avait une jeune femme
magnifique dans ses bras, alors ses joues se teintèrent de
rouge. Le visage gêné, il se détacha rapidement
de Johanna et finit par lui prendre simplement la main et avancer
tranquillement dans la rue qui était désormais
éclairée par des lampadaires. La nuit fragile
était enfin tomber sur la ville, et cette ambiance obscure
semblait si douce dans cette environnement pourtant instable.
Rapidement, les deux jeunes gens marchèrent
jusqu’à arriver au cinéma où ils
devaient regarder un quelconque film passager pour passer le temps
qui les emmènerait jusqu‘à leur nuit à
eux, celle qu‘ils ne pouvaient créer
qu‘ensemble.
_ Alors, on se fait quel genre ce soir ? Demanda Johanna en fixant
Marien de ses grands yeux gris.
_ Apparemment, il y a un peu de tout, romance, horreur, aventure,
fantastique… Personnellement, déjà que je ne
suis pas tellement accro au cinéma, je te propose quelque
chose de calme.
_ Un film d’horreur alors…
_ J’ai dit « calme » pas
« sanguinaire » ! Riposta Marien,
amusé.
_ Oh, et bien, on peut toujours aller voir ce film de romance, mais
je ne sais pas si ça va te plaire, te connaissant, tu vas
encore t’endormir dans la salle.
_ Ce n’est pas de ma faute s’il n’y a pas assez
de lumière là-dedans… Ca endort les
gens…
_ Non Marien, ça n’endort que toi, rigola Johanna en
passant une main dans les cheveux de son petit ami.
En faisant ainsi volte-face à son petit ami et en jetant un
coup d’œil derrière lui, Johanna fronça
soudainement les sourcils. Une silhouette attira son attention et
elle reconnu en peu de temps l’élégance
même qui saisissait la famille des Hooper, Justinien
était juste là et s’apprêtait à
tourner dans une petite rue sombre qui donna un frisson
d’angoisse à la jeune femme.
_ Marien, ce n’est pas Justinien là-bas ?
Demanda-t-elle, perturbée.
_ Quoi ?! S’emporta immédiatement son compagnon tout
en se retournant pour bel et bien voir son petit frère
tourner dans la ruelle. Mais qu’est-ce qu’il vient
faire ici celui-là !
_ C’est étrange tu ne crois pas ? Nous devrions aller
voir ce qu’il se passe… s’enquit Johanna.
Pour toute réponse, Marien perdit un peu de sa lueur douce
et lâcha sa compagne brusquement. Cela ne la vexa pas, elle
était tellement habitué aux changements
d’humeur du jeune homme que la seule chose qu’elle
parvînt à faire, c’est mettre ses mains dans ses
poches et patienter en attendant les réactions du
châtain.
_ Notre soirée est foutue, restes ici, je vais aller
chercher mon petit con de frère, si je ne reviens pas dans
deux minutes, c’est que je serai en train de lui hurler
dessus… soupira Marien tout en s’avançant vers
la rue, visiblement énervé.
Johanna, quelque peu inquiète resta en retrait et
décida de patienter une ou deux minutes avant d’aller
jeter un coup d’œil dans la ruelle.
* *
*
Je commençais
sérieusement à avoir froid. Le gilet que
j’avais enfilé n’était pas suffisamment
chaud pour moi. Quoiqu’il en soit, je venais d’arriver
dans cette ruelle que Lucie m’avait demandé de
prendre. Il n’y avait aucun lampadaires, les murs
étaient lugubres et l’ambiance me semblait tellement
glauque que s’il n’avait pas été question
de Fredric, je serai reparti d’ici dans
l’immédiat. D’ailleurs, en parlant de
l’immédiat, c’est fou ce qu’il peut
être saisissant. A peine eu-je le temps d’observer les
lieux que trois silhouettes apparurent au loin devant moi. Elles
portaient toutes un grand sweat-shirt avec une capuche
rabaissée sur le visage. C’était assez
effrayant à voir, mais pas suffisant pour me
décourager. Sans aucun soucis je reconnu facilement la forme
mince et féminine de Lucie, elle était entre les deux
autres, dont les apparences dévoilaient sans aucun doute
deux garçons.
_ Lucie, charmant accueil… ironisais-je pour me
décontracter.
Ecoutez : Avril Lavigne
- Slipped Away 
Ils se rapprochèrent de moi
assez rapidement et j’en faisais de même pour mieux les
observer et les reconnaître. C’est d’ailleurs
sans difficulté que je vis qu’à sa droite se
tenait Arnold, le sale blond de ma classe et qu’à
gauche il y avait Valéry, cet enfoiré de fils de
riche. A eux trois, ils semblaient assez coriaces et
menaçants, seulement, mon comportement puéril se
fichait parfaitement de cela. Et non sans difficulté, je
compris qu’aucune discussion m’attendait ici et que
j’allais devoir affronter les pires ennemis que je pouvais
avoir.
Alors, sans aucune prudence, je m’élançais
plein de rage vers Lucie, prêt à lui donner mon plus
puissant coup de poings. Bien sûr, c’était sans
compter sur ses gardes du corps qui m’attrapèrent sans
difficulté par les bras pour me pousser avec violence contre
le mur, à côté. Maintenu par deux teignes, je
me retrouvais face à une Lucie très peu loquace qui
semblait pouffer de rire en me voyant si impuissant. Elle
s’approcha alors de moi avec une finesse de femme et me donna
un violent coup au visage.
_ Tu es vraiment lâche, il faut que ces deux tâches me
tiennent pour que tu me frappes ? Et tu penses vraiment être
apte à mériter l’amour de Fredric ? Tu es
pitoyable Lucie, sincèrement, la rembarrais-je avec la seule
arme qui me restait : les mots.
Cela dû l’énerver car elle me redonna un coup
encore plus fort qui me fit crier de surprise. Je sentis rapidement
du sang quitter mon nez amoché pour venir
s’écouler sur mes lèvres et tomber sur mon
gilet.
Des deux idiots qui me maintenaient, le plus fort était
Arnold, sa haine à mon égard était bien plus
puissante que je ne l’aurais cru. Valéry, à
l’opposé perdait sa dureté à chaque
secondes, les deux coups que Lucie m’avait donné le
faisant baisser un peu plus sa garde. Si je devais
m’échapper de là, je n’avais qu’une
solution, frapper avec haine Arnold pour qu’il me lâche
tout en me dégageant de l’emprise de Valéry.
Etrangement, je n’eus pas le temps de mettre à
exécution mon plan qu’une voix qui
m’était horriblement connue vînt se perdre entre
nous quatre. Tout en tournant la tête vers la gauche je
reconnu Marien qui venait de faire irruption dans la ruelle.
Qu’est-ce qu’il pouvait bien faire ici ? Je n’en
avais aucune idée. Quoiqu’il en soit, lorsqu’il
comprit que j’étais maintenu par deux types et
qu’une autre personne semblait dangereuse devant moi, la
fureur de mon frère ne mit pas longtemps à arriver.
Il s’élança avec haine vers nous et Arnold me
lâcha avant même que je ne fasse un geste, en moins de
deux secondes, il se heurta avec une puissance effrayante à
mon frère qui le bouscula avec hargne. Il venait de
réveiller l’animal qui était en Marien et que
moi-même, je redoutais plus que tout.
Valéry, choqué se recula de moi et regarda autour de
lui pour trouver une issue, il semblait anéanti de se tenir
ici. Mon regard croisa le sien pour finir par le suivre et tomber
sur l’image immonde de Lucie. C’était le moment
où jamais de l’attaquer et lui faire payer son
comportement. Je profitais donc de l’intervention
inopinée de mon frère pour foncer droit sur la jeune
fille, oubliant sans regret la présence de Valéry qui
restait cloué sur place.
Seulement, je n’avais pas remarqué l’ombre noir
de ce tableau vengeur, au moment même où je
m’apprêtais à lui bondir dessus, elle
lâcha toute sa haine dans un cri immonde et dans un unique
geste. Tout en arrivant à sa hauteur, je n’avais pas
remarqué ce qu’elle tenait dans ses mains depuis peu
de temps, mais à défaut de ne pas l’avoir vu,
je le sentis s’enfoncer avec rage dans mon ventre.
Paralysé sur place durant de longues secondes, je
n’eux le temps que de voir le regard de Lucie plein de folie
qui, avec une violence sans limite tourna la lame glaciale qui
venait de me transpercer l’abdomen. Sentant ce couteau bouger
en moi, je parvins à me dégager de son emprise, et
dans un hurlement intérieur qui m‘appartenait, ce qui
venait de m’empaler sorti de mon corps douloureusement.
Reculant lentement, les choses devinrent moins bruyantes autour de
moi. Et pourtant, en tournant ma tête vers Marien, je
l’aperçu plein de colère, mettre un terme
à son combat avec Arnold en lui déboîtant
l’épaule dans un hurlement épais des deux
hommes. De l’autre côté, j’entendis
Valéry qui poussait lui aussi un cri puissant en voyant le
couteau couvert de mon sang dans la main de Lucie et en constatant
ma frêle marche-arrière pour me voir toucher le mur de
mon dos.
Puis, ne prêtant plus aucune attention à la blonde qui
semblait être en transe, je mis ma main contre mon ventre, et
un flot de sang vint la colorer de rouge. La voix de Valéry,
dans un éclat de sanglot atteignit tous ceux qui
étaient présent en cette seconde. Il venait
d’hurler avec un désespoir visible
« Justinien est blessé ! », et dans
cette appel douloureux, le visage rouge de haine de mon
frère passa immédiatement au blanc. Lui qui
s’apprêtait à achever Arnold daigna jeter un
regard sur moi, qui, doucement, glissais le long du mur tout en
maintenant la plaie qui saisissait mon abdomen.
Alors que les sons devenaient de moins en moins vibrants, je vis,
dans une lenteur extrême, Marien s’élancer vers
moi et, dans la même seconde, Lucie et Valéry partir
en courant, fuyant la scène dont ils étaient
responsables sans daigner prendre avec eux Arnold, totalement
détruit par cette bagarre violente. Tout en
m’effondrant au sol, mon frère,
désemparé vint s’écraser à genoux
à mes côtés.
_ Justinien ! Justinien ! Cria-t-il dans une totale détresse
que je pensais ne jamais voir au travers de son regard.
Dans un déluge de douleur, je vis ses yeux verts se rougir
de larmes et, alors qu’il me murmurait diverses choses dont
seulement quelques mots me venaient à l’esprit,
Johanna apparu derrière, un téléphone à
l’oreille, sans doute en train d’appeler une ambulance.
Puis, tandis que je cherchais à dire quelque chose à
mon frère, du sang gicla de ma bouche au lieu de mes mots.
Marien, dont les larmes coulaient désormais à flot,
me tenait la main et l’embrassait comme pour faire venir son
souffle jusque sur ma peau et me donner une nouvelle chance de
tenir le coup. Son visage se teinta alors rapidement du sang qui
n’avait pas encore séché sur mes mains. Il
était couvert de ce liquide rougeâtre qui quittait mon
corps avec danger. Puis posant à son tour sa propre main sur
mon ventre arraché, il poussa un sanglot bruyant en
constatant tout ce sang qui se déversait de moi pour
s’écouler jusqu’au sol. Me tuant à petit
feu.
C’était donc ainsi que je devais finir ? Que la vie
allait me donner un dernier coup de grâce. Mourir poignarder
par la honte même. Qu’est-ce que cela
pouvait-être regrettable. Dans des cris déchirants,
j’entendais et je parvenais à voir Marien se bercer
au-dessus de moi, serrant ma main de plus en plus fort. Et il
m’ordonnait encore des choses - pour changer. Il
m’ordonnait de ne surtout pas fermer les yeux, que je
n’avais pas le droit de les fermer, sinon, jamais il ne me le
pardonnais. Et il parlait aussi de nos parents, comme quoi,
même si j’en mourrais d’envie, je ne devais
surtout pas tenter de les rejoindre. Il me criait que je ne devais
pas l’abandonner, sous aucun prétexte, sinon, il ne
tiendrait pas le coup. Seulement à mesure que ses mots se
perdaient dans ma conscience, du blanc venait éclairer son
visage et aveuglait avec vivacité mes pupilles, qui, se
sentant agressées, se fermèrent sous le poids de la
lumière, effaçant l’image de Marien en train
d’hurler mon nom de douleur et pleurer comme jamais je ne
l’avais pleurer. Et là, dans un bruissement sourd,
même mon ouïe me quitta, me murant à jamais dans
un silence macabre qui me volait tout. Amant, ami, famille. Je
venais de tout perdre par amour. Et mes parents me manquaient
encore plus maintenant.
Image : Angel Sanctuary... comme d'hab...
A
Suivre... 
OMFG... Je
n'ai pas grand chose à dire à part que... Et bien, en
fait, c'est vraiment difficile de briser ses personnages lorsqu'ils
représentent une part de notre propre survie morale.
Il ne reste plus que deux chapitres avant la fin
et un épilogue. Je pense
accélérer le mouvement, mais ça me tracasse
tellement de mettre fin à cette histoire...
Enorme calins
à ceux qui viendront et aux autres aussi.
A bientôt...!
J'ai la larme à l'oeil !


















J'espère que Justinien ne pourra pas. Tr-s jolie musique, en passant. Bien choisie^^