Justinien - Vingt-Septième Chapitre (Justinien) posté le lundi 21 juillet 2008 15:38

 

 

Ce soir, je suis épuisé. Il n’y a pas à dire, le temps est froid et m’envoie sans me laisser le temps de réfléchir, dans mes songes. Je pense furtivement à Fredric, aujourd’hui, notre amour a été mouvementé, apparemment, nous nous sommes retrouvés, mais pour combien de temps ? Je suis affolé rien qu’à l’idée de risquer de le perdre. Ce serait une torture si destructrice que je ne m’en relèverai sans doute jamais. C’est même triste à dire, et c’est sans doute pour cela que je suis si fatigué ce soir. J’ai la crainte d’un sursaut sentimental qui me fasse tomber sans accroches, sans rien. Lorsqu’il m’a prit dans ses bras et que je me suis agrippé à lui, j’ai eu l’étrange conviction qu’il était vraiment inquiet, vraiment effrayé par quelque chose. Sans doute Lucie, encore. Si elle a menacé sa propre sœur de sang pour posséder mon amant, c’est qu’elle est capable de tout apparemment. Capable de tout. Cela me déprime. Maintenant que j’ai trouvé mon réel amour, celui à qui je donnerai tout, du physique au moral, des obstacles se dressent devant nos échanges affectifs, c’est un jeu cruel. Vraiment cruel. Je suis amoureux de lui, et la réciproque se prouve facilement, alors pourquoi, mais pourquoi rien ne se passe normalement ? Il est mon appartenance à qui j’appartiens, nous sommes enlacés même à distance, même sans existence.
Et à force d’y penser, j’ai le sentiment que je vais finir par me rendre malade. J’ai l’impression que le sol se fissure entre Fredric et moi, et je ne sais pas ce qu’il va se passer. Je sais que nous nous aimons, mais visiblement, les autres ne nous aiment pas de la même manière, surtout pour notre assemblage. Et j’en ai mal.

Il est à peine vingt heure du soir, Marien est sorti avec Johanna. Je ne sais pas où ils sont allés et je ne tiens pas à le savoir. D’ailleurs, j’espère sincèrement que mon frère ne me dira jamais ce qu’il fait avec sa collègue, je serai trop choqué de me dire qu’il a des relations… sexuelles. Terrifiant. Cela me rappellerait trop le jour où j’ai apprit que mes parents avaient couché ensemble afin de me faire naître. Cette vision dans mon esprit m’a rendu malade durant de longues années d’innocences. C’est peut-être à cause de cela que je suis devenu homosexuel d’ailleurs. J’ai ressenti un trop lourd dégoût pour les relations physiques qui se collent parfaitement l’une à l’autre, comme un puzzle qui s’emboîte. J’ai favorisé les amours entre hommes.
Sur ces pensées, dans un bruit vibrant, mon téléphone bougea dans le creux de ma main. Je ne me souvenais plus que je l’avais gardé ainsi. C’est con d’être écroulé sur son lit, les yeux tournés vers le plafond afin d’oublier le monde autour, pour, finalement, laisser l’un des moyens de communication avec celui-ci faire rage à porté de mains. Quoiqu’il en soit, je saisi le mobile et le regarde, il s’agit d’un numéro que je ne possède pas. C’est vraiment ennuyant, je me sens obligé de lire et de - peut-être - répondre à ce perturbateur de ma tranquillité névrosée. J’en ai marre de ces gens.

Au moment où les lignes défiles sous mes yeux, ces-derniers s’écarquillent sans efforts. Comment cela est-il possible ? Mon pire cauchemar vient de se réaliser. Ce texto, cet enfoiré de message a été composé par ma plus grande rivale, Lucie Buxley. Je suis écœuré de m’en rendre compte, elle est immonde. Cependant, le contenu m’intrigue grandement, elle vient de me dire, mots pour mots : « Hooper, déplace-toi jusque dans la ruelle derrière le cinéma d‘ici vingt-et-une heure trente, j’ai à te parler de Fredric, je vais y renoncer, mais je veux savoir si tu le mérites ». Cela m’a tout l’air d’être un piège, comment Lucie accepterait-elle de me laisser l’amour de Fredric ? C’est irrationnel dans sa normalité à elle. Mais quoiqu’il en soit, le fou que je suis a très envie d’aller discuter avec la petite teigne blonde. Après tout, elle a osé me faire verser de nombreuses larmes pour me forcer à perdre mon brun amoureux. Je la hais. Alors autant se déplacer là-bas, si c’est pour régler des comptes entre nous, et bien tant mieux, je la détruirai, que cela soit verbal ou physique. Elle est tellement basse que je me pencherai sur elle pour lui murmurer sa défaite.



Je me relève donc dans l’immédiat, attrapant mon T-shirt que j’avais jeté au sol quelques minutes auparavant, par-dessus, j’enfile une légère veste noir. Bien sûr, avant de quitter la chambre avec précipitation en enfilant mes chaussures, je me regarde cinq minutes dans la glace. Mon reflet semble mal en point, j’ai l’impression que quelqu’un d’autre est en moi. Je me rend soudainement compte que j’ai dû grandir depuis la mort de mes parents, je me sens un peu plus mature. Après, je ne sais pas si mon comportement suit la métamorphose, mais quoiqu’il en soit, mon cœur a vieilli, et peut-être que l’amour en est l’une des causes. Fredric m’a fait prendre conscience de tellement d’états d’âmes, avant, je me trouvais simplement désirable lorsque mon reflet se plaçait sous mes yeux, aujourd’hui, j’ai le sentiment d’être sa perfection à lui, celle qu’il désire par-dessus tout, et je me plais simplement en étant son envie. Je ne sais pas si la vie fonctionne vraiment comme cela, si, lorsque l’on est amoureux, on ne vit réellement, que pour l’autre et pour personne d’autre, mais quoiqu’il en soit, pour le moment, c’est ainsi que j’existe et que je me décide à franchir le seuil de la porte d’entrée de la maison, bravant une nouvelle fois les ordres de mon frère. Il n’aime pas que je sorte le soir, surtout sans l’avertir, mais hélas, cette fois-ci, je suis obligé de le trahir, malgré ma réticence de le décevoir encore et toujours.

Les heures tournent un peu trop vite à mes yeux. J’en ai pour un peu plus d’un quart d’heure avant d’arriver devant le cinéma, et si elle m’a indiqué la rue à laquelle je pense, je devrais d’abord prendre l’avenue où se trouve l’établissement pour tourner dans la ruelle où il n’y a aucune issues. Aucune issues, l’idée me fait soudainement rire. Vouloir me faire apparaître dans une rue sans secours et où il y a une multitude de passants dans la voie avoisinant, c’est assez grotesque comme piège, et très peu fin. C’est décevant. Mais peu importe, j’ai hâte d’arriver et de lui dire, ouvertement, que je ne renoncerai jamais à mon unique amour qu’est Fredric. Mon premier et unique amour. Alors elle pourra bien tenter quelques idioties, jamais elle ne pourra arrêter mon cœur de battre pour lui.




*    *

*




Marien venait de sortir de sa voiture, sérieusement, il rangea ses lunettes dans leur étui et sans un geste, une main longue et fine vînt saisir la boîte pour la mettre dans un petit sac noire. C’était Johanna. Elle regarda son ami droit dans les yeux avec un sourire comme elle n’en faisait que pour lui. Marien, ravi, lui rendis cette émotion avant de prendre finalement la jeune femme par la main. Cela faisait deux ans qu’ils avaient tenté quelque chose ensemble et aucun d’entre eux ne se lassaient de cette relation, certes parfois étrange, mais visiblement sincère.

_ Tu es sûre d’avoir fermé la voiture Marien ? Demanda Johanna sur un ton mi-soucieux, mi-amusé.

Pour lui répondre, le jeune homme soupira de frustration en levant les yeux au ciel.

_ J’y retourne, j’en ai pour deux minutes.

Sa compagne ria en le voyant faire demi-tour, heureusement que la voiture était à moins de cinquante mètres, sinon, il aurait pu perdre de sa bonne humeur. Qu’est-ce qu’il pouvait être lunatique tout de même, une véritable girouette, bien entendu, souvent c’était la douceur qui l’emportait sur le reste, du moins avec elle. Pour ce qui était des autres, Marien se montrait toujours froid et distant, sauf avec son frère, avec qu’il se montrait souvent intouchable et inquiet. Il lui laissait paraître une image bien sombre de ce qu’il était en vrai, mais c’était uniquement pour le protéger. D’ailleurs, parfois, Johanna trouvait que son petit ami allait un peu trop loin, son comportement était proche de la tricherie avec Justinien, elle s’en était aperçu à plusieurs reprise. Notamment le soir où elle avait eu rendez-vous chez Marien et que ce-dernier avait laissé quartier-libre à son frère. Elle se souvient parfaitement de ce moment où, de la fenêtre de la chambre d’ami à l’étage, elle avait retrouvé son beau châtain clair observer Justinien en bas. Celui-ci c’était précipité sur un jeune homme aux cheveux noirs pour l’embrasser amoureusement. C’était ainsi qu’elle avait prit conscience de l’homosexualité de Justinien et du jeu qu’entretenait Marien avec lui. En effet, bien que conscient que son petit frère aimait les hommes, il ne lui avait jamais avoué qu’il le savait. Il semblait plutôt bien accepter le couple que Justinien formait avec ce garçon, mais la manière dont il laissait son frère s’inquiéter était assez rude. Déjà que Marien n’était pas tendre avec Justinien, mais si en plus de cela, il le surveillait et lui cachait la réalité, leur lien de sang risquait de s’amoindrir de plus en plus.

Quoiqu’il en soit, Marien revînt de la voiture assez vite. Le visage épanoui plus que d’ordinaire, il agrippa d’une de ses mains le cou de Johanna et celle-ci, en retour, le prit par la taille. C’était tellement rare de le voir ainsi, il ne montrait jamais ses sentiments, même s’ils se percevaient, les démontrer physiquement était presque impossible. Marien avait des allures d’homme frigide, mais en fait, il n’était qu’un grand timide, et cela se prouva encore plus lorsqu’il prit conscience qu’il avait une jeune femme magnifique dans ses bras, alors ses joues se teintèrent de rouge. Le visage gêné, il se détacha rapidement de Johanna et finit par lui prendre simplement la main et avancer tranquillement dans la rue qui était désormais éclairée par des lampadaires. La nuit fragile était enfin tomber sur la ville, et cette ambiance obscure semblait si douce dans cette environnement pourtant instable. Rapidement, les deux jeunes gens marchèrent jusqu’à arriver au cinéma où ils devaient regarder un quelconque film passager pour passer le temps qui les emmènerait jusqu‘à leur nuit à eux, celle qu‘ils ne pouvaient créer qu‘ensemble.

_ Alors, on se fait quel genre ce soir ? Demanda Johanna en fixant Marien de ses grands yeux gris.

_ Apparemment, il y a un peu de tout, romance, horreur, aventure, fantastique… Personnellement, déjà que je ne suis pas tellement accro au cinéma, je te propose quelque chose de calme.

_ Un film d’horreur alors…

_ J’ai dit « calme » pas « sanguinaire » ! Riposta Marien, amusé.

_ Oh, et bien, on peut toujours aller voir ce film de romance, mais je ne sais pas si ça va te plaire, te connaissant, tu vas encore t’endormir dans la salle.

_ Ce n’est pas de ma faute s’il n’y a pas assez de lumière là-dedans… Ca endort les gens…

_ Non Marien, ça n’endort que toi, rigola Johanna en passant une main dans les cheveux de son petit ami.

En faisant ainsi volte-face à son petit ami et en jetant un coup d’œil derrière lui, Johanna fronça soudainement les sourcils. Une silhouette attira son attention et elle reconnu en peu de temps l’élégance même qui saisissait la famille des Hooper, Justinien était juste là et s’apprêtait à tourner dans une petite rue sombre qui donna un frisson d’angoisse à la jeune femme.

_ Marien, ce n’est pas Justinien là-bas ? Demanda-t-elle, perturbée.

_ Quoi ?! S’emporta immédiatement son compagnon tout en se retournant pour bel et bien voir son petit frère tourner dans la ruelle. Mais qu’est-ce qu’il vient faire ici celui-là !

_ C’est étrange tu ne crois pas ? Nous devrions aller voir ce qu’il se passe… s’enquit Johanna.

Pour toute réponse, Marien perdit un peu de sa lueur douce et lâcha sa compagne brusquement. Cela ne la vexa pas, elle était tellement habitué aux changements d’humeur du jeune homme que la seule chose qu’elle parvînt à faire, c’est mettre ses mains dans ses poches et patienter en attendant les réactions du châtain.

_ Notre soirée est foutue, restes ici, je vais aller chercher mon petit con de frère, si je ne reviens pas dans deux minutes, c’est que je serai en train de lui hurler dessus… soupira Marien tout en s’avançant vers la rue, visiblement énervé.

Johanna, quelque peu inquiète resta en retrait et décida de patienter une ou deux minutes avant d’aller jeter un coup d’œil dans la ruelle.

 



*    *

*

 

Je commençais sérieusement à avoir froid. Le gilet que j’avais enfilé n’était pas suffisamment chaud pour moi. Quoiqu’il en soit, je venais d’arriver dans cette ruelle que Lucie m’avait demandé de prendre. Il n’y avait aucun lampadaires, les murs étaient lugubres et l’ambiance me semblait tellement glauque que s’il n’avait pas été question de Fredric, je serai reparti d’ici dans l’immédiat. D’ailleurs, en parlant de l’immédiat, c’est fou ce qu’il peut être saisissant. A peine eu-je le temps d’observer les lieux que trois silhouettes apparurent au loin devant moi. Elles portaient toutes un grand sweat-shirt avec une capuche rabaissée sur le visage. C’était assez effrayant à voir, mais pas suffisant pour me décourager. Sans aucun soucis je reconnu facilement la forme mince et féminine de Lucie, elle était entre les deux autres, dont les apparences dévoilaient sans aucun doute deux garçons.

_ Lucie, charmant accueil… ironisais-je pour me décontracter.

Ecoutez : Avril Lavigne - Slipped Away {#}

Ils se rapprochèrent de moi assez rapidement et j’en faisais de même pour mieux les observer et les reconnaître. C’est d’ailleurs sans difficulté que je vis qu’à sa droite se tenait Arnold, le sale blond de ma classe et qu’à gauche il y avait Valéry, cet enfoiré de fils de riche. A eux trois, ils semblaient assez coriaces et menaçants, seulement, mon comportement puéril se fichait parfaitement de cela. Et non sans difficulté, je compris qu’aucune discussion m’attendait ici et que j’allais devoir affronter les pires ennemis que je pouvais avoir.
Alors, sans aucune prudence, je m’élançais plein de rage vers Lucie, prêt à lui donner mon plus puissant coup de poings. Bien sûr, c’était sans compter sur ses gardes du corps qui m’attrapèrent sans difficulté par les bras pour me pousser avec violence contre le mur, à côté. Maintenu par deux teignes, je me retrouvais face à une Lucie très peu loquace qui semblait pouffer de rire en me voyant si impuissant. Elle s’approcha alors de moi avec une finesse de femme et me donna un violent coup au visage.

_ Tu es vraiment lâche, il faut que ces deux tâches me tiennent pour que tu me frappes ? Et tu penses vraiment être apte à mériter l’amour de Fredric ? Tu es pitoyable Lucie, sincèrement, la rembarrais-je avec la seule arme qui me restait : les mots.

Cela dû l’énerver car elle me redonna un coup encore plus fort qui me fit crier de surprise. Je sentis rapidement du sang quitter mon nez amoché pour venir s’écouler sur mes lèvres et tomber sur mon gilet.
Des deux idiots qui me maintenaient, le plus fort était Arnold, sa haine à mon égard était bien plus puissante que je ne l’aurais cru. Valéry, à l’opposé perdait sa dureté à chaque secondes, les deux coups que Lucie m’avait donné le faisant baisser un peu plus sa garde. Si je devais m’échapper de là, je n’avais qu’une solution, frapper avec haine Arnold pour qu’il me lâche tout en me dégageant de l’emprise de Valéry. Etrangement, je n’eus pas le temps de mettre à exécution mon plan qu’une voix qui m’était horriblement connue vînt se perdre entre nous quatre. Tout en tournant la tête vers la gauche je reconnu Marien qui venait de faire irruption dans la ruelle. Qu’est-ce qu’il pouvait bien faire ici ? Je n’en avais aucune idée. Quoiqu’il en soit, lorsqu’il comprit que j’étais maintenu par deux types et qu’une autre personne semblait dangereuse devant moi, la fureur de mon frère ne mit pas longtemps à arriver. Il s’élança avec haine vers nous et Arnold me lâcha avant même que je ne fasse un geste, en moins de deux secondes, il se heurta avec une puissance effrayante à mon frère qui le bouscula avec hargne. Il venait de réveiller l’animal qui était en Marien et que moi-même, je redoutais plus que tout.
Valéry, choqué se recula de moi et regarda autour de lui pour trouver une issue, il semblait anéanti de se tenir ici. Mon regard croisa le sien pour finir par le suivre et tomber sur l’image immonde de Lucie. C’était le moment où jamais de l’attaquer et lui faire payer son comportement. Je profitais donc de l’intervention inopinée de mon frère pour foncer droit sur la jeune fille, oubliant sans regret la présence de Valéry qui restait cloué sur place.
Seulement, je n’avais pas remarqué l’ombre noir de ce tableau vengeur, au moment même où je m’apprêtais à lui bondir dessus, elle lâcha toute sa haine dans un cri immonde et dans un unique geste. Tout en arrivant à sa hauteur, je n’avais pas remarqué ce qu’elle tenait dans ses mains depuis peu de temps, mais à défaut de ne pas l’avoir vu, je le sentis s’enfoncer avec rage dans mon ventre. Paralysé sur place durant de longues secondes, je n’eux le temps que de voir le regard de Lucie plein de folie qui, avec une violence sans limite tourna la lame glaciale qui venait de me transpercer l’abdomen. Sentant ce couteau bouger en moi, je parvins à me dégager de son emprise, et dans un hurlement intérieur qui m‘appartenait, ce qui venait de m’empaler sorti de mon corps douloureusement. Reculant lentement, les choses devinrent moins bruyantes autour de moi. Et pourtant, en tournant ma tête vers Marien, je l’aperçu plein de colère, mettre un terme à son combat avec Arnold en lui déboîtant l’épaule dans un hurlement épais des deux hommes. De l’autre côté, j’entendis Valéry qui poussait lui aussi un cri puissant en voyant le couteau couvert de mon sang dans la main de Lucie et en constatant ma frêle marche-arrière pour me voir toucher le mur de mon dos.
Puis, ne prêtant plus aucune attention à la blonde qui semblait être en transe, je mis ma main contre mon ventre, et un flot de sang vint la colorer de rouge. La voix de Valéry, dans un éclat de sanglot atteignit tous ceux qui étaient présent en cette seconde. Il venait d’hurler avec un désespoir visible « Justinien est blessé ! », et dans cette appel douloureux, le visage rouge de haine de mon frère passa immédiatement au blanc. Lui qui s’apprêtait à achever Arnold daigna jeter un regard sur moi, qui, doucement, glissais le long du mur tout en maintenant la plaie qui saisissait mon abdomen.
Alors que les sons devenaient de moins en moins vibrants, je vis, dans une lenteur extrême, Marien s’élancer vers moi et, dans la même seconde, Lucie et Valéry partir en courant, fuyant la scène dont ils étaient responsables sans daigner prendre avec eux Arnold, totalement détruit par cette bagarre violente. Tout en m’effondrant au sol, mon frère, désemparé vint s’écraser à genoux à mes côtés.

_ Justinien ! Justinien ! Cria-t-il dans une totale détresse que je pensais ne jamais voir au travers de son regard.

Dans un déluge de douleur, je vis ses yeux verts se rougir de larmes et, alors qu’il me murmurait diverses choses dont seulement quelques mots me venaient à l’esprit, Johanna apparu derrière, un téléphone à l’oreille, sans doute en train d’appeler une ambulance. Puis, tandis que je cherchais à dire quelque chose à mon frère, du sang gicla de ma bouche au lieu de mes mots. Marien, dont les larmes coulaient désormais à flot, me tenait la main et l’embrassait comme pour faire venir son souffle jusque sur ma peau et me donner une nouvelle chance de tenir le coup. Son visage se teinta alors rapidement du sang qui n’avait pas encore séché sur mes mains. Il était couvert de ce liquide rougeâtre qui quittait mon corps avec danger. Puis posant à son tour sa propre main sur mon ventre arraché, il poussa un sanglot bruyant en constatant tout ce sang qui se déversait de moi pour s’écouler jusqu’au sol. Me tuant à petit feu.
C’était donc ainsi que je devais finir ? Que la vie allait me donner un dernier coup de grâce. Mourir poignarder par la honte même. Qu’est-ce que cela pouvait-être regrettable. Dans des cris déchirants, j’entendais et je parvenais à voir Marien se bercer au-dessus de moi, serrant ma main de plus en plus fort. Et il m’ordonnait encore des choses - pour changer. Il m’ordonnait de ne surtout pas fermer les yeux, que je n’avais pas le droit de les fermer, sinon, jamais il ne me le pardonnais. Et il parlait aussi de nos parents, comme quoi, même si j’en mourrais d’envie, je ne devais surtout pas tenter de les rejoindre. Il me criait que je ne devais pas l’abandonner, sous aucun prétexte, sinon, il ne tiendrait pas le coup. Seulement à mesure que ses mots se perdaient dans ma conscience, du blanc venait éclairer son visage et aveuglait avec vivacité mes pupilles, qui, se sentant agressées, se fermèrent sous le poids de la lumière, effaçant l’image de Marien en train d’hurler mon nom de douleur et pleurer comme jamais je ne l’avais pleurer. Et là, dans un bruissement sourd, même mon ouïe me quitta, me murant à jamais dans un silence macabre qui me volait tout. Amant, ami, famille. Je venais de tout perdre par amour. Et mes parents me manquaient encore plus maintenant.

Image : Angel Sanctuary... comme d'hab...


A Suivre... {#}

OMFG... Je n'ai pas grand chose à dire à part que... Et bien, en fait, c'est vraiment difficile de briser ses personnages lorsqu'ils représentent une part de notre propre survie morale.
Il ne reste plus que deux chapitres avant la fin et un épilogue. Je pense accélérer le mouvement, mais ça me tracasse tellement de mettre fin à cette histoire...

Enorme calins à ceux qui viendront et aux autres aussi.

A bientôt...!

 

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Tous les commentaires liés à l'article : Justinien - Vingt-Septième Chapitre

  • Goblinaya a posté :mardi 12 août 2008 13:30

    MAgnifique chapitre. Très émouvant. T'es douée!^^
    J'espère que Justinien ne pourra pas. Tr-s jolie musique, en passant. Bien choisie^^
  • Even*** a posté :mercredi 23 juillet 2008 22:37

    Triste injustice qu'est la vie..
  • elfira a posté :mercredi 23 juillet 2008 18:02

    J'ai la larme à l'oeil !
    T'es une des rares personnes qui m'ont faites pleurer en lisant !!
    C'est horrible, on voit parfaitement la scène, c'est super bien écrit ! Je m'attendais à un truc horrible mais pas à ça tout de même !
    Bon Justy va survivre hein !! *supplie à genoux*

    Je file lire le prochain chapitre ! >__<
  • JoY a posté :mercredi 23 juillet 2008 01:54

    Triste chapitre, mais qu'il est beau.
    J'adore quand on ressent les sentiments des gens, ce qui se passe dans leur tête, et tu décris ça très bien.
    Je vienrai lire la suite^^
  • MMali a posté :mardi 22 juillet 2008 21:46

    Ben on peut dire que c'est fort en chocolat ce que tu nous a fait là...me suis attachée a ce petit de perso qu'on a vu en pixel et en sim...veut pas qu'il meurt (déjà que mirage elle ma retourner la tete avec sa fic...me doutais qu'il mourais Nath, mais les boules quand meme...) se serait trop demander de le garder en vie et heureux Justy?
    *va prier le seigneur Pot'dnutella...*
  • Mélo a posté :lundi 21 juillet 2008 20:21

    Non ...
    Impossible ... :
    Pas Justy' !! J'ai raison de croire qu'il est pas mort ? Qu'il va survivre ?!
    T'as pas le choix !
    Déjà là je pleurais pas et tout parce que je me disais "Il va pas mourir , il peut pas , c'est le perso' principal, il est créer en sims, ..." Pis une petite voix le dit " c'est pas des arguments, et c'est Morty ! Elle a bien fait pleurer Ronanichou et briser Justy et Marien"

    Bref', les larmes aux yeux, la vue brouillée j'espère. Parce qu'en attendant la suite il n'y a plus que ca a faire.
    Pas Justy'
  • momo a posté :lundi 21 juillet 2008 19:45

    ahhhh !!!!! non la pa le droit de mourir c'pa juste
    pk c pa cette c.... de lucie
  • Virginie a posté :lundi 21 juillet 2008 19:41

    Tu m'as encore fait pleurer!!
    Vilaine méchanteeee sadiquee
    Me tarde de savoir la suite ^-^
    En espérant que Justinien ne mourru pas !!
    Bisouxxxxxxxx
  • Mirage a posté :lundi 21 juillet 2008 16:27

    je... je... bouhaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !!!! Justinien !!!!!!! ne meurs pas !!!!
    raaaah mais c'est trop horrible... enfin en même temps avec une musique pareil, pas étonnant que ça finisse mal... (oui bon j'avoue je l'ai pas écouté, j'ai continué à écouter Wherever you will go... elle va très bien aussi ^^)
    enfin bref, ma mère est en mode harcèlement alors je te laisse
    Bisous
    Mirage

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